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par Adeline Roulet - MJCF 33

VSS en France, une situation alarmante devant faire l’objet d’une politique nationale de l’éducation sexuelle

État des lieux des agressions sexistes et sexuelles chez les jeunes, en France :

118 féminicides en 2022, 217 000 femmes adultes victimes de viol, tentative de viol ou d’agression sexuelle par an, voilà le lourd bilan non-exhaustif des violences sexistes et sexuelles en France. Cependant, les VSS ne sont pas des évènements à part. Elles s’inscrivent dans un continuum de violences partant de la « blague » misogyne et pouvant aller jusqu’au meurtre. La quasi-totalité du genre féminin déclare d’ailleurs avoir déjà vécu des situations sexistes. Pourtant, malgré de forts mouvements féministes comme Me too, les auteurs de violences ne reconnaissent pas, voire ne réalisent pas, la gravité de leurs actes. En effet, d’après le rapport de 2024 du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, « 37 % des femmes déclarent avoir vécu au moins une situation de non-consentement […] Or, seulement 23 % des hommes reconnaissent avoir été auteur d’une situation de non consentement ».

Le patriarcat, contexte historique de ces violences, est en effet intériorisé dès le plus jeune âge. Les enfants sont d’ailleurs parmi les premières victimes de violences. D’après le même rapport, « 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, et 5,4 millions de femmes et d’hommes adultes en ont été victimes dans leur enfance ».

Les actes sexistes et violents sont donc rapidement banalisés chez les plus jeunes qui reproduisent sur les autres enfants ce à quoi ils ont étés exposés. Toujours d’après le Haut conseil à l’égalité (HCE) entre les femmes et les hommes, les garçons représentent 96,7 % des cas de « violence sur autrui » au collège. Selon l’Unicef, à l’école, les filles font d’ailleurs davantage l’objet de discriminations liées à leur tenue vestimentaire et adoptent déjà des stratégies d’évitement. Cette normalisation de la violence dès le plus jeune âge par les garçons se traduit, d’après Ipsos/Mémoire traumatique et victimologie, à l’âge adulte par une violence persistante et endémique à l’égard des femmes traduisibles par une adhésion à la culture du viol.

L’école a donc un rôle important à jouer dans la prévention et la protection des enfants face à ces violences et à leur banalisation. Malheureusement, en l’état actuel des choses, l’HCE, souligne que l’école est à l’inverse, souvent le lieu de perpétuation des comportements genrés à l’égard des élèves. Cela s’expliquerait par les biais du corps administratif et enseignant, ainsi que la présence de stéréotypes de genre contenus dans les supports scolaires. « Plus de la moitié de la population déclare que les situations sexistes n’ont pas été ou ne sont pas condamnées par les professeur•es ». « Les enseignant•es ne sont, d’ailleurs, pas formé•es sur ces questions et donc, peu conscient•es des enjeux qu’ils soulèvent. »
Les violences auxquel.le.s sont soumis.e.s les jeunes sont également amplifiées avec le numérique. Les stéréotypes de genre ainsi que la présence de dialogues sexistes constituent plus des trois-quarts des vidéos YouTube dites pour enfants.

De plus, l’exposition de plus en plus précoce aux contenus pornographiques constitue une problématique majeure dans les représentations que se font les jeunes et en particulier les jeunes hommes dans les relations sexuelles. D’après l’Ifop, plus les jeunes hommes ont été exposés tôt à du contenu pornographique violent, plus ils adhèrent à des représentations violentes. 47 % des garçons estiment en effet que les filles « s’attendent » à ce que les rapports sexuels impliquent une agression physique.

Après avoir fait le bilan des violences sexistes et sexuelles en France chez les jeunes, il est légitime de se questionner sur les raisons politiques de cette situation, ainsi que des perspectives, si elles existent.

Un État passif face à une extrême droite offensive

Tout d’abord, il ne nous est pas inconnu que l’extrême droite gagne du terrain en France et que cela n’est pas sans conséquences pour un certain nombre de conquis et d’espoirs sociaux et sociétaux. La question du féminisme et de lutte contre les VSS n’est pas une exception. Alors que de forts mouvements féministes se font entendre ces dernières années comme Me Too et que d’importants procès permettant de dénoncer ces violences, se font, comme le procès de Mazan, les mouvements réactionnaires et masculinistes tentent de faire machine arrière et de protéger ce système violent. Ces mouvements, usant de la misère sociale et des envies de domination de certains hommes, construisent et nourrissent la haine misogyne. Ces réseaux d’extrême droite, poussent les hommes à commettre des actes violents sur les femmes et à se soutenir entre eux. Là où la misogynie est clairement identifiée chez les personnalités de ce genre de réseaux, elle l’est beaucoup moins chez celles des femo-nationalistes qui limitent la question à celle des hommes étrangers.

Pour faire face à l’influence croissante des influenceurs d’extrême droite dans la société, en particulier chez les jeunes, l’État se doit de mettre les moyens pour éduquer au respect et au consentement. Malheureusement, cet objectif est loin d’être atteint. En plus de ne pas se donner cette ambition, l’État réduit les moyens alloués à l’éducation nationale, empêchant ainsi les règles déjà en vigueur d’être respectées. Légalement, depuis 2001, chaque élève est censé, à partir du collège, suivre 3 heures de cours d’éducation à la vie sexuelle et affective.

Cependant, ces heures jusque-là déjà difficiles à respecter en raison du caractère optionnel de la formation des professeurs à ce sujet, étaient souvent réalisées par des infirmier.e.s scolaire. Mais, la dégradation de leurs conditions de travail, le turn-over permanent du personnel enseignant lié à la popularisation des emplois contractuels, ainsi que le placement des heures de formation hors des temps de travail, accentue la difficulté de tenir l’engagement de trois heures par élève et par année. En effet, d’après l’HCE, « deux tiers des personnes interrogées n’ont jamais suivi une seule séance d’éducation sexuelle et affective ».
C’est donc un manque de volonté politique de lutter contre les violences systémiques qui est constaté à propos de l’État.

Face à cette situation, quelles sont nos revendications ?

Face à cela, et en tant qu’organisation politique de jeunesse, nous devons nous questionner sur les solutions possibles à mettre en place dès l’école, pour lutter et prévenir les VSS chez les jeunes.

D’abord, il semble évident de réclamer le respect de la loi en vigueur sur les trois séances à la vie sexuelle et affective obligatoire par an. Pour arriver à cela réclamer que la formation des enseignants à cette problématique devienne obligatoire et soit généralisée à l’ensemble du personnel au contact de mineurs dans l’éducation nationale paraît primordial.

Nous devons également réclamer la formation à la vie sexuelle et affective et l’emploi d’assitant.e.s socia.ux.ales et de psy scolaires dans chaque établissement afin d’assurer un suivi à chaque enfant victime de violence.

Le contenu des séances à la vie sexuelle et affective est aussi central : militer pour une prise en compte des notions de consentement et de plaisir féminin afin de lutter contre les tabous et la méconnaissance de l’anatomie féminine est ainsi une piste supplémentaire. Ces séances pouvant également être l’occasion de faire connaître les luttes LGBT aux jeunes et de promouvoir le respect de l’autre.

La prévention des violences dès le plus jeune âge est en effet essentielle pour lutter contre les VSS, mais il ne suffira pas. Le MJCF gagnerait à revendiquer la formation obligatoire de tous les agents du service public, et en particulier le corps policier qui est censé accueillir les témoignages des victimes en cas de dépôt de plainte. Enfin, aborder le sujet de l’hébergement d’urgence proposé à toutes les victimes de violences, ainsi que l’inéligibilité de toute personne condamnée pour violence sexiste ou sexuelle seraient aussi des revendications fortes témoignant d’un travail de fond sur les questions de VSS.

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