Education
par Pierre B. - MJCF 93Contenu du service (militaire ?) obligatoire
Tel que conçu par notre Mouvement depuis le dernier Congrès, le service militaire obligatoire (instauré sous certaines conditions, de paix notamment) devrait être “rémunéré et mixte de 3 mois pour les jeunes majeur·e·s afin d’acquérir une formation militaire”. Cette position mériterait d’être développée, car elle apporte peu de précisions sur le contenu de cette “formation militaire”.
En l’occurrence, une durée de trois mois ne peut correspondre qu’à une sensibilisation au milieu de l’armée. Ce qui nécessite d’être justifié et précisé, car on ne doit pas laisser croire que notre positionnement consisterait à voir dans une formation de trois mois la possibilité de qualifier des soldats opérationnels.
Embrigadement de la jeunesse versus mixité de classe
Aujourd’hui, le débat autour du service militaire obligatoire revient sur le devant de la scène, notamment à travers le sujet du Service National Universel, concession des libéraux aux réactionnaires, qui souhaitent littéralement faire rentrer la jeunesse dans le rang. Leur argumentaire consiste à instrumentaliser sentiment d’insécurité et perte de cohésion nationale pour demander un encadrement de la jeunesse par des militaires pour compenser les lacunes d’une Éducation nationale n’ayant pas rempli son rôle. Il arrive que cet état d’esprit existe à gauche. Il doit être fermement combattu, car ce soudain besoin de discipline est alimenté par les positions les plus réactionnaires qu’il soit : “c’était mieux avant” ; “de mon temps, ça ne se passait pas comme ça” ; “moi qui ai vécu à la dure, je sais que…”… Bref, un angle de réflexion qui ne laisse aucune place à l’émancipation de la jeunesse. Ce rôle est porté par l’Éducation nationale, sabotée par les mêmes libéraux et réactionnaires, et que nous devons promouvoir et reconstruire.
À gauche au contraire, les positionnements favorables au service militaire obligatoire s’articulent autour des enjeux de démocratie et de mixité sociale. L’aspect “démocratie” ayant déjà été abordé dans deux précédentes contributions, je m’attarderai ici sur l’enjeu de mixité sociale : l’idée, bonne au départ, est de voir dans le service militaire obligatoire un passage obligé où bourgeois et prolétaires se retrouvent à égalité face au cadre militaire et au métier des armes. Ce n’est pas totalement faux, mais ce n’est pas vrai non plus : traversée par les contradictions de classe, l’armée fonctionne de manière à ce que la bourgeoisie soit surreprésentée, sinon hégémonique, parmi les cadres (officiers), là où les catégories sociales moins favorisées se retrouvent en grand nombre parmi les sous-officiers et militaires du rang. Par ailleurs, lorsque le service militaire était obligatoire, les appelés issus de la bourgeoisie ou de l’aristocratie avaient davantage d’outils à leur disposition pour effectuer un service avec des conditions plus agréables, moins exposé aux risques, etc., voire pour se faire carrément réformer.
Mais cet argument de mixité sociale doit être revu : à nouveau, le premier espace de mixité doit être l’École de la République. Ce qui fait que des revendications comme la fermeture des établissements privés et le réinvestissement massif dans l’Éducation nationale sont prioritaires sur l’instauration ou la réinstauration d’un service militaire obligatoire (bien que ce ne soit pas incompatible).
Devant ces constats, il est nécessaire de questionner le sens que nous donnerions à l’existence d’un tel dispositif, en envisageant un contenu utile et collectivement émancipateur, mais qui ne pourrait être intégré à l’Éducation nationale.
Pour une conception large du service obligatoire
Je profite de cette contribution pour poser un autre débat. Je regrette que lorsqu’une discussion existe sur le service obligatoire, ce dernier ne soit envisagé que dans le cadre militaire, où les débouchés opérationnels sont moindres, de même que l’utilité concrète pour la société.
Concevoir un service national obligatoire appliqué à certaines professions publiques, avec une durée d’un an comprenant une formation, pourrait renforcer des secteurs dans le besoin. À titre d’exemple, le corps des pompiers volontaires est en tension, et un service obligatoire pourrait assurer un maillage territorial reposant aujourd’hui sur l’effort de bénévoles dans bien des cas. De même, le service obligatoire appliqué à la police pourrait être l’occasion de mettre en place notre revendication de police de proximité.
Cette intégration dans des professions où la notion de corps collectif existe de manière analogue à l’armée pourrait, en plus d’être davantage utile à la société, être l’occasion de développer des compétences (secourisme, médiation, etc.) pour les jeunes concerné.es.
Sauf à justifier correctement l’intégration de jeunes dans le métier des armes et l’utilité de ce dispositif pour la société, je propose donc que soit intégré dans notre conception du service obligatoire l’intérêt de l’appliquer à des professions publiques civiles.
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