Education
par Alban ChrétienPour la construction d’un service public de l’orientation
Notre organisation a fait de la lutte contre la sélection et contre Parcoursup un thème central de son militantisme quotidien, et tout particulièrement devant les lycées, de fait.
La quasi-intégralité des lycéennes et des lycéens étant confrontés à la plateforme de tri, la proposition de sa suppression trouve un écho particulier auprès des jeunes du pays. Elle se doit d’être affinée avec des propositions concrètes, concernant notamment la création d’un service public de l’orientation émancipateur tant pour les jeunes que pour la Nation.
I- La sélection et l’échec éducatif français
En 2024, ce sont encore une fois près de 47 000 lycéennes et lycéens, soit 7% des terminales inscrits sur Parcoursup, qui sont laissés sur le carreau, s’étant retrouvés sans formation pour la rentrée à l’issue d’un passage par la plateforme. Pour ceux qui ont, malgré tout, réussi à accéder à l’enseignement supérieur après le baccalauréat, ils devront repasser par une autre plateforme de tri : Mon Master, à l’occasion de la troisième année de licence.
Par le biais des plateformes, c’est une véritable sélection sociale qui s’exerce sur les jeunes du pays. Il ne fait aujourd’hui aucun doute qu’à notes égales, l’algorithme de Parcoursup favorisera toujours les élèves issus des grands lycées prestigieux de Paris et des centres-villes, délaissant irrémédiablement ceux scolarisés en banlieue et en ruralité. Au même titre, il est évident que l’algorithme de Mon Master privilégie certaines facultés de la capitale. Tout est fait pour que les enfants de patrons se destinent toujours plus à la direction et que les enfants de la classe travailleuse se réservent à l’exécution.
En plus des jeunes véritablement laissés sur le carreau, des dizaines, si ce ne sont des centaines de milliers d’autres sont contraints chaque année de se diriger vers des formations qui ne leur conviennent pas, dans lesquelles ils ne parviennent pas à s’épanouir, et qui finissent par couper court à leurs études, eux aussi. D’autant plus que, si Parcoursup est déjà un calvaire pour les néobacheliers, il est encore plus difficile de se réorienter sur la plateforme après quelques années passées en formation ou dans le monde du travail.
La sélection, combinée au manque de place criant dans les amphithéâtres de nos facultés sont une impasse, et ne témoignent en finalité que d’un échec du système éducatif français, capitaliste. Il est plus qu’urgent pour nous de réfléchir enfin à une politique progressiste de l’orientation.
II- Les réponses à apporter à la déroute de l’orientation
Il est nécessaire de supprimer Parcoursup en tant qu’outil de la sélection sociale et bourreau des enfants de la classe travailleuse. Il est essentiel de bâtir aujourd’hui une autre politique publique de l’orientation. Afin qu’elle soit en capacité de répondre à l’exigence de formation, au besoin qu’a la jeunesse de s’instruire pour répondre aux défis sociaux, économiques et écologiques auxquels nous sommes confrontés.
Le constat est simple, si nous souhaitons réindustrialiser la France, développer des technologies de pointe, investir dans le nucléaire et les énergies renouvelables, nous aurons besoin d’une main d’œuvre qualifiée. Ainsi, nous ne pouvons nous réjouir du fait que des dizaines de milliers de jeunes soient délaissés chaque année. Ils sont relégués malgré eux dans le monde du travail, sans ou avec peu de qualifications et donc bien trop souvent exploités ou même sans emploi.
III- Pour un service public de l’orientation
Il nous faut dès à présent penser un service public de l’orientation qui puisse répondre au défi, paradoxal en premier abord, de répondre aux aspirations personnelles des jeunes et à leur quête d’émancipation. Tout en assurant les besoins de la société dans le cadre d’une économie planifiée.
1) Répondre aux aspirations personnelles
Ce service public de l’orientation se doit, dans un premier temps, de donner une place non négligeable à la participation active des jeunes comme du personnel éducatif à tous les échelons. Il s’agit là d’amorcer un processus démocratique de l’orientation, attentif aux besoins et aux aspirations de la jeunesse à l’échelle la plus locale, afin d’en finir avec les décisions technocratiques prises depuis les ministères.
Nous proposons la création d’assemblées d’orientation à différents échelons, où siégeraient des représentants des jeunes (lycéens, étudiants et apprentis), des syndicats professionnels, des enseignants, des organisations locales et des experts à différentes échelles géographiques. Ces assemblées auront pour vocation de concilier l’émancipation individuelle des jeunes et les besoins économiques, sociaux et environnementaux des échelons géographiques dans lesquelles ces assemblées seraient implantées.
2) Répondre aux besoins de la société
L’orientation doit s’inscrire dans le cadre d’une économie planifiée, afin de répondre aux grands enjeux de notre temps. Nous proposons la création d’un Observatoire national des besoins économiques, sociaux et environnementaux. Cet observatoire serait chargé de prévoir les besoins de la société en termes de métiers et de compétences, dans le but de prévenir et d’empêcher les pénuries d’emplois dans certains secteurs, et le chômage dans d’autres.
Il travaillerait ainsi en lien avec les assemblées d’orientation locales, et devra publier fréquemment des études dans chaque région et dans chaque secteur stratégique en tenant compte des objectifs de transition écologique et de la nécessité de relocaliser la production.
Il sera aussi chargé de délivrer des contrats d’orientation garantis. Ainsi, lorsqu’un jeune s’engage dans un secteur jugé prioritaire, il bénéficiera d’une garantie d’emploi dans ledit secteur une fois sorti de sa formation. Cela permettra de garantir une sécurité pour les jeunes, tout en assurant une réponse aux besoins de la Nation.
3) Renforcer le service public de l’orientation
Pour mettre un coup d’arrêt à la sélection sociale telle qu’elle découle de l’algorithme de Parcoursup, il est primordial de mettre un terme à la sélection basée sur le mérite académique. L’orientation vers la formation ne doit plus être le fait de notes, et encore moins d’origines socio-géographiques, mais doit devenir le fruit d’un accompagnement personnalisé qui débute dès le collège
Ainsi, il est nécessaire d’embaucher en masse des conseillères et des conseillers d’orientation. Actuellement, il n’y a qu’un agent pour 1500 élèves en France. Les citoyens doivent également pouvoir jouir d’une formation continue tout au long de leur vie.
4) Renforcer le service public de l’éducation
Il est, enfin, nécessaire d’accompagner ce service public de l’orientation d’un soutien massif à l’éducation et à la formation professionnelle. Nous réclamons la mise en place d’un plan d’investissement important et continu dans l’enseignement supérieur et la recherche, pour qu’il ne manque plus aucune place dans les universités et les formations professionnelles, afin que chaque jeune puisse accéder au cursus de son choix.
Dans le cadre d’une production relocalisée où elles auront une place centrale, il faut aussi revaloriser les filières “manuelles” et techniques. Aujourd’hui dévalorisées, souvent considérées comme “poubelles”, il est impératif de leur redonner du prestige et des débouchées réelles. Des bourses incitatives et des garanties d’emploi pourraient être proposées aux jeunes qui choisissent ces filières.
L’orientation ne doit plus être une souffrance subie par les jeunes au service des besoins du capital. Elle doit, au contraire, viser à donner à chaque Homme la pleine possession de lui-même, et à chaque société la pleine possession de ses moyens de développement. Les besoins et les aspirations des jeunes peuvent être assimilés à ceux de la Nation, si celle-ci prend toutefois la peine de se défaire de la tutelle de la classe dominante.
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