International
par Clément R. - MJCF 93Peuple en armes ou mercenaires du capital ?
L’armée de la République française a longtemps été un haut lieu de l’affrontement de classe. En changeant l’ost féodal en peuple en armes, la Révolution a fait de l’armée l’un des piliers de la jeune République.
Des soldats de l’an II aux mutins du Chemin-des-Dames ; des pious-pious du 17ème régiment d’infanterie aux conscrits faisant échouer le putsch d’Alger, le peuple en armes a maintes fois démontré le potentiel révolutionnaire d’une armée unie avec la Nation, donc traversée par le conflit de classe.
Laissons à la bourgeoisie la synecdoque qui prétend parler de l’armée en nommant son état-major. Le contrôle de la bourgeoisie sur l’armée, c’est Janin en Sibérie ; la réponse du peuple en arme, c’est Marty à Odessa ; voir l’un en refusant de voir l’autre, c’est choisir d’être borgne.
La bourgeoisie est pleinement consciente de ce potentiel révolutionnaire, pour en avoir souvent fait les frais. Depuis 1997, avec la suspension du service militaire, elle s’en est déliée. La fin du service militaire marque un double renoncement, si l’on veut bien estimer pour des besoins rhétoriques que démocratie et souveraineté nationale ne se confondissent historiquement.
Un renoncement démocratique d’abord. La “grande muette” ne peut l’être qu’avec une armée de professionnels. Une armée qui voit entrer et sortir de ses rangs chaque année des centaines de milliers de soldats peut moins aisément prétendre dissimuler à la Nation ce qu’elle fait en son nom. Le service militaire crée une unité organique de la Nation et de son armée. Chaque opération militaire, en ce qu’elle peut concerner le père, la sœur, le collègue, ou la voisine, devient immédiatement un sujet politique, de la cantine du boulot au petit-déjeuner du dimanche. Nulle surprise que la bourgeoisie préférât un corps expéditionnaire de quelques dizaines de milliers de professionnels, dont les familles sont “habituées aux risques du métier” et parfois tenues au secret des activités du militaire ! La Vème qui fait de l’armée et de la diplomatie un terrain réservé du Président et la transformation de l’armée de conscrits en armée de professionnels qui coupe le lien entre le peuple et son armée, c’est blanc bonnet et bonnet blanc.
Un renoncement à la souveraineté nationale ensuite. L’armée de quelques dizaines de milliers de professionnels ne peut être qu’une armée de projection. Elle peut occuper des bases militaires à l’étranger pour défendre les intérêts des grands monopoles, mais elle n’est pas une armée de défense nationale. La guerre en Ukraine nous le rappelle bien ; si le territoire national est en danger, c’est bien d’une armée de plusieurs centaines de milliers de soldats dont nous aurons besoin. En organisant l’impuissance de la France à défendre son territoire national, la fin du service militaire organise la vassalisation obligatoire vis-à-vis de l’OTAN. Qui prétend sortir de l’OTAN sans rétablir le service militaire est plus proche d’Houdini que de Jaurès.
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