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par Alban Chrétien - MJCF 75

Perspectives de paix en Ukraine

Ce texte se donne pour objectif de répondre à la contribution « Ukraine : portons la voix de la paix » publiée par les camarades de la fédération des Yvelines, de laquelle je suis issu.

1) Les responsabilités de l’OTAN dans l’explosion du conflit russo-ukrainien

Les camarades du 78 ont raison de rappeler que le MJCF, en tant qu’organisation de jeunesse pacifiste et anti-impérialiste, se doit de soutenir l’ensemble des peuples victimes de la guerre, et qu’à l’heure où celle-ci refait son apparition en Europe, il y a bien un pays agresseur et un pays agressé. En ce sens, il est juste de réaffirmer que c’est la Fédération de Russie qui, en choisissant d’envahir l’Ukraine le 24 février 2022, a franchi un pas sans précédent dans le cadre d’un conflit qui persiste déjà depuis 2014.

Mais, à l’heure où les travailleurs ukrainiens et russes périssent sur le front dans le seul intérêt des oligarques et des marchands de canons, à l’heure où, pour la première fois de l’Histoire (et malgré 45 ans de guerre froide), des bombes américaines ciblent directement le sol russe, il ne semble absolument pas raisonnable d’imputer l’entièreté de la responsabilité de la guerre à la seule Russie et à sa classe dominante. Je regrette le fait que la contribution des camarades yvelinois omette totalement le rôle joué par les États-Unis d’Amérique et plus généralement par le bloc occidental dans l’explosion des tensions en Ukraine.

C’est bien l’élargissement de l’OTAN à l’Est depuis les années 1990 (intégration de la Hongrie, de la Pologne et de la Tchéquie en 1999, des pays baltes, de la Bulgarie et de la Roumanie en 2004, et semi-candidature ukrainienne en 2019) qui est l’une des principales causes de l’explosion du conflit russo-ukrainien en 2022, si tant est que ce n’en soit la cause fondamentale. La non-expansion de l’OTAN à l’Est était bien l’une des conditions préalables posées par Gorbatchev, à la chute de l’Union soviétique et à la stabilisation de la région sur le long terme. En 1991, les frontières de l’OTAN étaient à 1200 km de Saint-Pétersbourg. Elles sont aujourd’hui à seulement 100 km.

Que dire sur l’existence même de l’OTAN, organisation belliqueuse et impérialiste fondée en 1949 pour combattre le bloc socialiste, pourtant toujours debout plus de 30 ans après la chute dudit bloc socialiste. L’OTAN aurait dû s’effondrer avec le Pacte de Varsovie. Sa simple existence aujourd’hui n’a pour principale vocation que de porter atteinte à la pleine souveraineté de la Fédération de Russie et de provoquer le Kremlin.

Sans légitimer un seul instant l’invasion de l’Ukraine par l’oligarque Poutine depuis 2022, il est bon de rappeler que la propagande de guerre n’est pas à sens unique, et que les États-Unis, par le biais de leur jouet qu’est l’Organisation du traité de l’Atlantique-nord, tirent eux-aussi une part non négligeable des responsabilités quant à la situation que nous connaissons aujourd’hui à l’Est. Nous ne pouvons pas en faire abstraction, et cela doit renforcer nos aspirations en faveur de l’avènement d’une paix juste et durable dans la région.

2) On ne signe pas la paix avec ses amis

La fédération du 78 exige également « la fin de toutes relations avec le gouvernement de Poutine ». Cette revendication, dangereuse, va à rebours de toute possibilité de paix à l’Est. Le cessez-le-feu ne peut être signé entre amis, et sans liens entretenus avec l’intégralité des belligérants. La paix n’est pas non plus un projet vide de sens politique. Au contraire d’isoler davantage encore la Russie sur la scène internationale, la poussant irrémédiablement à se raccrocher à la guerre, la France devrait enfin sortir du joug diplomatique américain, et discuter avec l’intégralité des nations souveraines, y compris avec la Fédération de Russie.

Nous, jeunes communistes, devons porter l’espoir de l’avènement d’une paix juste et durable en Europe. Nous ne pouvons nous contenter du fait que cette paix puisse humilier les acteurs du conflit. La Russie doit retirer ses troupes du sol ukrainien, mais l’Occident doit aussi affirmer, de nouveau, la non-expansion de l’OTAN à l’Est. Il s’agit ici d’une condition indubitable à la stabilisation de l’Ukraine sur le long terme. La paix doit aussi s’accompagner de l’organisation de référendums d’autodétermination, sous contrôle international, dans les Républiques populaires du Donbass, privées du plein exercice de leur souveraineté et bombardées par Kiev depuis 2014.

Pour qu’émergent les conditions qui permettront à cette paix d’advenir, le MJCF doit revendiquer la fin des livraisons d’armes à destination de l’Ukraine, qui ne tendent en définitive qu’à amplifier l’envergure du conflit, à l’éterniser, et à faire couler le sang des travailleurs russes et ukrainiens. Nous devons également nous engager en faveur de la reconstruction de liens diplomatiques avec la Russie.

Enfin, s’il est juste que les belligérants participent à la reconstruction d’après-guerre, la paix ne doit pas accabler le peuple russe, en le rendant responsable de la guerre et en lui imposant le paiement de l’entièreté des frais « des dégâts et des pertes matérielles » en Ukraine, comme semblent le proposer les camarades yvelinois. Dans le cadre d’un conflit impérialiste, l’Histoire a montré plus d’une fois qu’il était vain, et même dangereux, de faire peser un tel poids sur les épaules de nations déjà affaiblies par la guerre (en témoigne notamment les conséquences dévastatrices du traité de Versailles).

3) Qui a encore sa place au Conseil de sécurité de l’ONU ?

La proposition la plus surprenante portée par la fédération des Yvelines est la suivante : « Il faut exiger le retrait du siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU à la Russie ». Ainsi, osons le questionner : qui mérite encore sa place au Conseil de sécurité de l’ONU ? La Chine, malgré l’invasion du Vietnam en 1979 ? La France et la Grande-Bretagne, malgré les siècles de barbarie coloniale, le fait qu’à elles seules, ces deux nations aient asservi près de la moitié de la population mondiale, et continuent aujourd’hui d’étrangler des peuples entiers (Kanaky, néocolonialisme avec le rôle du Franc CFA et les OPEX) ? Les États-Unis ? Les États-Unis ?!

Rappelons également que, le fait que la Russie siège au Conseil de sécurité de l’ONU n’est pas tombé du ciel. Il est le fruit direct de l’anéantissement du fascisme par l’Union soviétique, et du sacrifice exceptionnel du peuple russe pendant la guerre (13 à 15 millions de pertes sur les 25 à 27 millions de morts soviétiques).

Cela étant dit, dans sa contribution intitulée « L’ONU une institution bourgeoise à réformer », la fédération des Yvelines en appelle justement à la suppression des cinq sièges permanents au Conseil de sécurité des Nations Unies. Cette proposition semble idéaliste, et inapplicable à la simple échelle de la France. Paris pourrait, seul, renoncer à son siège, ou le collectiviser avec l’UE, mais pas plus (et ce serait d’ailleurs une faute diplomatique majeure).

Si l’ONU a montré ses failles à maintes et maintes reprises dans le cadre de la résolution de conflits internationaux (et encore récemment avec son incapacité à mettre un terme aux crimes commis par Netanyahu à Gaza et au Liban, comme rappelée par les camarades yvelinois), ce n’est pas non plus une institution « bourgeoise » ou « impérialiste ». L’ONU est un organe diplomatique efficace, qui permet de préserver le dialogue entre les différentes nations, en plus d’être la seule tribune des pays en développement, du « Sud global ».

Pour ce qui est de la composition de son Conseil de sécurité, elle n’est ni plus ni moins que le témoin d’un rapport de force international ayant existé, celui de 1945, bâti sur les ruines du fascisme. Le fait que trois pays « occidentaux » et deux pays issus des BRICS y siègent aujourd’hui de manière permanente garantit un certain équilibre dans les décisions prises par l’instance, et reflète assez justement la recomposition des rapports de force internationaux depuis la chute de l’Union soviétique.

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