Rôle du MJCF
par Léo Garcia - MJCF 93Ni Avant garde éclairée du PCF, ni simples suiveurs
Les débats sur nos liens avec le PCF tombent parfois dans deux travers. Le premier est de considérer que le MJCF a un rôle d’ “Avant-Garde” du PCF sur les positions politiques. Le second, au contraire, considère que le rôle de la JC n’est ni plus ni moins que de “suivre” le PCF.
Le but de cette contribution est de revenir sur ce que peut apporter le MJCF au PCF, sans tomber dans les deux écueils mentionnés plus haut.
Une autre voie pour amener les jeunes à la révolution
L’indépendance des Jeunes communistes est un choix des communistes. Ce n’est pas une scission du PCF. Il s’agit d’un choix stratégique qui repose sur le principe suivant : pour amener les jeunes à l’engagement révolutionnaire, il faut laisser à la jeunesse l’indépendance de s’organiser. Ainsi, notre indépendance ne se construit pas contre le PCF, elle se construit au contraire avec lui, dans un combat commun pour la révolution socialiste. Réduire le MJCF à un rôle de “groupe jeune” du PCF serait donc une grave erreur. Cela enlèverait toute notre capacité d’action et toute notre utilité auprès de la jeunesse. Notre indépendance nous permet de décider nous-mêmes des meilleures formes d’actions pour organiser les jeunes, des meilleures thématiques à cibler, des meilleures revendications à porter. De cette indépendance peut donc évidemment naître des différences d’appréciations sur certains sujets (voir plus bas), mais ce n’est pas son but. Cela peut en être une conséquence, mais pas un objectif, bien au contraire.
Pour avancer unis dans, nous devons tirer dans la même direction avec le PCF, afin d’agir en cohérence. Quel sens aurait une organisation de jeunesse communiste qui porterait des lignes opposées à celles du parti communiste ? Marxistes-léninistes affichés, nous savons incontournable le rôle du Parti dans la direction de la prise de pouvoir révolutionnaire. Notre rôle, en tant qu’organisation de jeunesse, n’est donc pas de faire un “petit parti”, mais bien d’être une véritable organisation de masse pour entrainer l’immense majorité de la jeunesse dans ce combat. Lorsque nous discutons avec le PCF, nous ne sommes pas en réunion “inter-orga” avec un partenaire de circonstance. Il y a donc besoin d’une cohérence politique forte entre le MJCF et le PCF sans quoi, les objectifs mêmes de notre organisation ne pourraient être atteints.
Pour autant, dire cela ne signifie pas que le rôle du MJCF soit de simplement prendre les positions du PCF et de les décliner dans la jeunesse. Nous ne sommes pas les Jeunes insoumis ou les Jeunes écologistes. Notre indépendance nous permet justement d’avoir la position politique la plus juste, et d’avoir des discussions avec le PCF pour travailler à une cohérence de ces positions, en faisant du MJCF une organisation souveraine.
Des approches différentes de situations politiques
Notre indépendance peut avoir pour conséquence des approches différentes sur certaines situations politiques. J’emploie cette expression plutôt que celle de “désaccords”. Je pense sincèrement que nous avons assez peu de “désaccords” de fond avec le PCF, et il convient de ne pas les exagérer par volonté de se distinguer.
L’exemple souvent pris pour parler des désaccords est celui de la sortie de l’Union européenne et de la campagne des élections européennes. Nous avons en commun la totalité des analyses sur le sujet : fraude démocratique, arme antisociale, refus d’illusionner sur une “Europe sociale”. Si le PCF ne parle pas de sortie de l’UE, il parle de construire de “nouvelles coopérations” et de “sortir des traités”, ce qui, il faut bien l’admettre, s’approche assez fortement de notre position. C’est d’ailleurs bien ce qui nous a permis de mener la campagne de Léon Deffontaines sans “renier” notre ligne comme on peut l’entendre. Notre ligne sur l’UE ne se résume pas à un “frexit”. Elle est faite d’une analyse de classe sur le fonctionnement de l’UE, ses politiques et de revendications que nous partageons avec le PCF. Nous n’en tirons simplement pas la même conclusion finale, bien, qu’encore une fois, le PCF n’en soit pas loin.
Cette différence d’approche, sur ce sujet, comme sur d’autres, est donc loin d’être indépassable, et ne doit pas servir de prétexte à une atténuation de la relation essentielle qui nous lie au PCF.
Ces différences d’appréciations sont possibles, non par car nous serions “plus à gauche”, ou plus intelligents, mais uniquement car nous appréhendons les choses du point de vue de jeunes militantes et militants, avec des préoccupations qui peuvent parfois être différentes. Il s’agit donc d’une richesse à entretenir. De la même manière, la ligne du PCF est le fruit de réflexions menées par des militants parfois plus âgés, avec une grande diversité d’expérience militante, qui mène donc, là aussi, à certaines positions. Gardons-nous donc de tout mépris, et ne pensons pas que notre rôle est de les influencer. Gardons-nous aussi de tout jeunisme : il n’existe pas “la ligne des jeunes” contre “la ligne des anciens”, tout comme le MJCF n’est pas une “tendance” du PCF. Nous avons bien plus à apporter au PCF, à travers des discussions intergénérationnelles afin de faire évoluer les positions des uns et des autres.
Je pense que ces “désaccords” sont des richesses pour le débat entre communistes. Je ne pense donc pas qu’il faille, comme certains le proposent, les afficher publiquement, ou “dénoncer” des prises de positions qui seraient différentes des nôtres. En faisant cela, nous romprions à la fois notre complémentarité et notre indépendance vis-à-vis du PCF. Nous romprions notre complémentarité, car les débats entre communistes concernent les communistes. De quoi aurions-nous l’air demain si nous nous affrontions publiquement, à travers les réseaux sociaux ou la presse, bourgeoisie avec le parti avec lequel nous travaillons ? À part faire plaisir à la bourgeoisie et aux autres forces de gauches, nous n’avons objectivement rien à y gagner.
Mais je crois surtout qu’un telle attitude remettrait en cause notre indépendance. Nous n’avons pas de compte à rendre au PCF, ni sur le PCF. Les prises de position du PCF engagent le PCF, celle du MJCF engagent celles du MJCF. Si nous étions obligés de sans cesse “réagir” à ce que dit le PCF, alors nous deviendrions les obligés du PCF, et nous n’aurions plus d’indépendance. En revanche, cela n’interdit pas d’exprimer des positions parfois différentes, lorsque cela est nécessaire. Par exemple, lors des émeutes suite à l’assassinat de Nahel, nous n’avons pas dit tout à fait la même chose que le PCF. Non pas par volonté de se démarquer ou de “dénoncer” des propos, ce qui n’aurait eu aucun intérêt, mais car nous avions autre chose à dire, parce que nous parlions à un autre public, etc. La question n’est donc pas de rendre public nos désaccords, mais de pouvoir s’exprimer librement sur nos sujets d’intervention, sans demander l’autorisation de quiconque. Nous le faisons déjà.
Nous faisons un choix fort : travailler en complémentarité avec le PCF, tout en en étant indépendant. Ce choix implique une dialectique parfois fine à trouver, qui passer par des échanges à mener, à tous les échelons du mouvement, afin d’avoir la cohérence la plus forte des communistes, tout en permettant au MJCF d’avoir son expression propre, issue de la souveraineté des adhérents.
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