Militantisme
par Léo Goudy - MJCF 33Révolutionnons nos campagnes !
L’activité des Jeunes communistes est structurée autour de deux campagnes : “Satisfaction des besoins et des aspirations des jeunes face au capitalisme et au patriarcat” (BAJ) et “Pour la liberté du peuple palestinien face à l’impérialisme et au colonialisme” (Inter).
Elles sont prévues dans notre texte de congrès et se découpent en plusieurs axes, définis lors des ANA chaque année. Plusieurs gestes sont mis en œuvre pour la réalisation de ces axes, qui sont par ailleurs adaptés au militantisme de l’UEC sur les universités.
Il en résulte une certaine complexité, qui tourne parfois à l’incompréhension dans les fédérations, qui ne sauraient plus quelle bataille prioriser. Ce constat est régulièrement effectué en ANA comme en CN : il doit nous inviter à repenser et à révolutionner la façon d’organiser notre activité militante, au besoin en se débarrassant de cette notion de “campagne”.
État des lieux des campagnes
Les deux campagnes du MJCF, déployées à l’échelle nationale, sont décrites comme “structurantes et complémentaires”. BAJ est tourné vers des enjeux internes, tandis qu’Inter traite logiquement de problématiques internationales. Cette articulation permet effectivement d’atteindre une certaine complémentarité : nos revendications couvrent des domaines vastes et complets, tout en répondant à des analyses cohérentes.
L’aspect structurant de ces campagnes est particulièrement débattu lors de chaque ANA. L’ANA est le moment d’adaptation de notre activité à la réalité du Mouvement ainsi qu’à l’actualité. Les campagnes sont renouvelées suivant des axes décidés pour l’année. En réalité, il apparaît qu’un certain nombre de ces axes figurent déjà dans le texte de congrès, surtout pour la campagne BAJ. Seule la campagne Inter bénéficie d’une latitude supplémentaire pour déterminer des axes qui s’écarteraient du balisage effectué lors du dernier congrès.
La campagne BAJ s’articule en effet autour de deux axes liés à l’éducation, destinés aux lycées généraux et aux lycées professionnels. Elle comporte également un axe travail/emploi. L’axe “Nouveaux droits” qui figure dans le texte du dernier congrès semble incorporé dans chacun des autres axes. Des gestes, en particulier la création de campagnes locales pour l’emploi, sont détaillés.
La campagne Inter, ciblée sur la Palestine lors du dernier congrès, s’était étendue à la question de la paix en Europe par référence à la guerre en Ukraine, et à la question du désarmement nucléaire. L’ANA 2024 a fait le bilan de ces nouveaux axes et en a réduit la place dans la feuille de route, laissant la priorité à la Palestine au vu du contexte actuel.
On constate plusieurs avantages à ce mode de fonctionnement.
D’abord, la logique d’adaptation de notre militantisme à chaque public que nous touchons. Des propositions sont faites à la fois pour les lycéens et les travailleurs et, bien entendu, la feuille de route UEC formule des propositions à destination des étudiants. Cela permet d’adapter notre adresse à la fois aux jeunes ciblés, ainsi qu’aux militants censés militer sur leurs lieux de vie et d’étude.
Ensuite, le renouvellement annuel permet une certaine adaptation à l’actualité, notamment pour la campagne Inter. Ce peut être moins le cas s’agissant de la campagne BAJ, compte tenu des axes qu’elle comporte.
Aussi, ce fonctionnement fait vivre la démocratie dans notre mouvement en permettant aux militants, chaque année, de décider des orientations à venir, dans le respect du texte de congrès. Une fois cela fait, le MJCF est engagé pour un an sur ses campagnes.
Enfin, les deux campagnes nationales laissent la place aux fédérations pour impulser des campagnes locales. Elles n’empêchent également pas de communiquer sur d’autres thématiques sur nos réseaux sociaux.
Les difficultés qu’elles rencontrent
Les campagnes présentent toutefois certaines limites. On peut en faire la preuve en rappelant qu’à chaque ANA, à chaque CN, sont débattues les difficultés que rencontrent les fédérations à militer sur les différents axes, malgré l’ancienneté de certains d’entre eux.
Il est d’abord possible de souligner, à nouveau, le trop-plein d’informations qui parvient aux camarades. Chaque campagne est dotée d’axes, qui se déclinent en gestes et revendications multiples, à destination de différentes catégories de jeunes. Cela se superpose évidemment avec l’activité de l’UEC pour chaque campagne. En période électorale, ou lorsque les fédérations mènent des batailles locales, l’animation de BAJ et d’Inter dans un cadre JC et UEC devient complexe.
Une des justifications majeures de l’existence des campagnes résiderait dans la possibilité d’obtenir des victoires concrètes sur les revendications que nous portons. Or, nous ne pouvons que constater, comme nous le faisons à chaque ANA, que les dernières victoires directement obtenues suite à une mobilisation du MJCF remontent à bien longtemps (en dehors des campagnes locales).
Ainsi, l’objectif d’obtenir des victoires concrètes, présenté comme central, ne fait tout simplement plus ses preuves aujourd’hui.
En outre, la jeunesse urbaine qui est actuellement celle que nous touchons le plus n’est pas majoritairement préoccupée par la question sociale. Les revendications sur les questions de Parcoursup, des stages, du revenu étudiant, des contrats précaires, etc., ne sont pas mobilisatrices.
Attention, je ne dis pas que le MJCF ne doit plus aborder ces sujets. Il doit simplement le faire autrement, peut-être en arrêtant d’entretenir l’argument illusoire selon lequel notre mobilisation permettra d’obtenir des victoires concrètes les concernant.
Dans la mesure où nos campagnes semblent destinées à se poursuivre sans fin, en repoussant systématiquement nos horizons de mobilisation massive et de victoire (Parcoursup existe depuis bientôt 7 ans maintenant…), notre activité cloisonnée entre deux thèmes laisse peu de place aux sujets parallèles susceptibles de préoccuper les jeunes.
C’est le cas notamment des discriminations, de l’environnement, de la santé mentale, etc. Encore une fois, ce sont évidemment des sujets sur lesquels le MJCF a une position et qui sont parfois abordés. Ils sont seulement relégués au rang de problématiques annexes, évoquées une fois l’an en périphérie de nos campagnes principales. Cela ne donne pas une impression de cohérence et d’intérêt de notre organisation pour ces sujets, alors même que nous les évoquons en interne.
Au final, je fais aujourd’hui un bilan plus que mitigé de notre fonctionnement en campagnes. Elles me semblent conduire lentement au raidissement de notre activité, à notre enfermement dans un système confortable, mais qui ne fait plus ses preuves. Derrière ce problème se cache la question du rôle même du MJCF. Existons-nous pour entretenir l’espoir de victoires nationales concrètes que nous ne pouvons obtenir que par la bonne volonté des appareils institutionnels, ou pour créer une conscience chez des jeunes de plus en plus révoltés par le système actuel ?
Il est rassurant de voir tout de même que les batailles désormais priorisées par certains axes sont locales : protections périodiques dans les lycées, logement étudiant, emplois… Elles me semblent très utiles pour mobiliser largement sur des thématiques concrètes, mais insuffisantes pour créer une conscience de classe plus large.
Quelles perspectives de renouvellement ?
Suite à ce constat, il me semble que le fonctionnement selon des campagnes, décrites comme structurantes et permettant d’obtenir des victoires concrètes, ne soit plus approprié.
Il y a un enjeu à ce que notre texte de congrès devienne un support d’action plus souple, permettant de valoriser davantage son fond idéologique. Ainsi, ce texte doit pouvoir faire le panorama des positions de la JC sur un grand nombre de thématiques, permettant de décrire complètement notre projet de société avec autant de détail que nous le faisons actuellement avec nos axes de campagne.
Il pourrait ainsi revenir à l’ANA de donner des feuilles de route moins contraintes par le texte de congrès, du moins sur les objectifs d’action. L’ANA remplirait le rôle qu’elle remplit aujourd’hui, mais avec davantage de liberté sur les thématiques mises au cœur de notre activité chaque année. Cela permettrait un renforcement de l’importance démocratique de ce temps.
Quand bien même l’ANA pourrait davantage adapter l’activité du Mouvement, suivant les sujets au cœur de l’actualité plutôt que suivant les axes fixés en congrès, il ne faut pas en faire un moyen de contrainte trop important pour le CN. Celui-ci doit pouvoir réagir en cas de nouvelle actualité forte qui conduirait notre militantisme à évoluer. Cet équilibre fonctionne bien à l’heure actuelle.
En contrepartie du rôle plus important pris par l’ANA et de la place du CN pour la mise en œuvre de ses orientations, il serait envisageable de mieux accompagner les fédérations dans le ciblage d’enjeux locaux, pour la réalisation de campagnes locales appelées à durer. C’est vis-à-vis d’elles que l’objectif de “victoires concrètes” est le plus plausible.
Les thèmes abordés nationalement et renouvelés à chaque ANA ne doivent plus être le support de cet objectif de “victoires concrètes” et doivent être surtout conçus dans un but de conscientisation et de mobilisation.
Pour les fédérations dotées de forces militantes et matérielles plus faibles, le fonctionnement actuel incitant à ne pas s’épuiser sur des campagnes locales me semble être le bon.
En tout état de cause, l’animation de l’activité nationale autour de plusieurs thématiques et en dehors de campagnes lourdes, durables et peu efficace conduit à repenser l’organisation du CN.
Aujourd’hui, les deux commissions de campagne comportent un grand nombre de camarades qui ne sont pas forcément impliqués. Le travail autour de thématiques permettrait une implication dans de nouvelles commissions plus ciblées, qui favoriseraient l’investissement de toutes les conseillères nationales et tous
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