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par Matis Chartier - MJCF 35Question d’organisation
I. L’organisation aujourd’hui
Dès lors que notre but est fixé, à savoir la transformation révolutionnaire de la société et la prise du pouvoir par les travailleurs, se pose une question : comment ? La réponse à nos problèmes passera par une réflexion constante sur l’organisation. Car elle n’est rien d’autre que la matérialisation de nos lignes politiques et théoriques.
Malheureusement, il me semble que l’on pense, à gauche, que nos problèmes d’organisations (la faiblesse numéraire, le manque d’expérience etc..) sont liés à des problèmes politiques, des problèmes de lignes. La réalité est toute inverse : ce sont nos problèmes d’organisations qui se sont transformés en problèmes politiques. C’est parce que l’on a perdu l’organisation de la classe travailleuse que nos lignes politiques se sont transformées.
Et retrouver un semblant de ligne politique sans organiser de larges pans de la jeunesse de la classe travailleuse ne nous conduit qu’à être une tête sans corps. Le MJCF est un mouvement qui s’inscrit dans la lutte des classes et qui prend toute sa part dans ce combat. De fait, il grandit en même temps qu’il participe au développement de la lutte. À mesure qu’il se développe, ses tâches et sa ligne se développeront.
Je pense que le regard porté sur l’activité politique est trop théorique et pas assez pratique. L’idée que la victoire est avant tout une bataille culturelle est mal ancrée. De sorte que, l’on oublie que le terme premier de notre débat sur la stratégie politique est celui de l’organisation. De la même manière que le MJCF participe au développement d’une économie politique du prolétariat, il doit proposer une politique prolétarienne. Une politique organisée et structurée selon les mots d’ordres, les buts et intérêts des travailleurs. Cela implique de mettre l’organisation au centre de notre analyse, et notamment de ce Congrès.
Malheureusement ce débat est totalement oublié à gauche. Cela s’explique par l’embourgeoisement des partis de la gauche actuelle. En effet, leur influence tient moins à leur implantation militante dans la vie des travailleurs qu’à leur influence culturelle: ils ont les médias, les contacts presse et éditoriaux etc. pour diffuser leur conception. Leur personnel politique est souvent très diplômé et bien intégré dans le monde politique et économique. Les intérêts qu’ils défendent, avec des variations sensibles, sont ceux de la bourgeoisie. Au mieux, certains veulent plus de redistribution des profits, mais jamais, ils ne questionneront le fondement des inégalités : la propriété privée.
De sorte que l’analyse des dynamiques politiques faite par la gauche bourgeoise part toujours et uniquement des changements de discours, des orientations etc.. et jamais du militantisme de terrain, faible et peu concret, dont ils n’ont nul besoin.
II. Quelle organisation pour le MJCF ?
Pour atteindre nos buts, nous devons donc réfléchir à notre organisation. Cela demande de faire l’inventaire précis de nos problèmes pratiques. J’en vois certains, variables selon les fédérations. Bien entendu, il s’agit d’une liste non exhaustive.
Des difficultés à construire, localement, un plan de structuration cohérent, réaliste et s’inscrivant sur une échéance annuelle. En découle une gestion de l’activité au mieux mensuelle, au pire hebdomadaire. De facto, nous nous inscrivons toujours en réaction à l’actualité et rarement en action.
Une difficulté à s’implanter durablement dans des lieux de vie bien définis, lié à un manque de régularité dans l’activité et un manque de ciblage. Le résultat en est une focalisation sur les terrains plus faciles : facultés, lycées politisés et une difficulté à s’ouvrir à d’autres milieux.
Une transmission de l’expérience défectueuse
Une délégation du travail parfois limitée conduisant au cumul des responsabilités et un travail qui n’est pas suffisamment abouti.
Pour résoudre ces problèmes il nous faut réfléchir à mieux articuler centralisation et décentralisation, mieux repenser nos espaces d’échanges et de formation.
A. Un mouvement centralisé
Le MJCF est un mouvement national, indivisible. Il est organisé en Groupe – Union de Ville – Fédérations. Ces fédérations sont unies sous la bannière nationale. Ce mode de structuration me semble à conserver. Il permet l’existence de différents niveaux d’information.
Le groupe est l’organe de base. Structuré sur un lieu géographique, lieu d’études ou encore selon la catégorie sociale (Jeune Travailleurs) si nécessaire : il est le lieu d’échange militant et de réalisation de l’activité militante. Sa taille relativement réduite permet l’intégration de sympathisants, le débat ouvert et la régularité plus poussée. Elle dispose d’une personne référente, élue ou nommée, ayant pour rôle de transmettre les informations et d’échanger avec l’échelon supérieur.
L’Union de ville est constituée de plusieurs groupes. C’est le premier échelon de souveraineté où sont définies les orientations politiques communes, les choix de structuration (création de groupes etc.). Elle est chargée de centraliser les informations des différents groupes dans le but (l’activité, les débats) dans le but de les diffuser à sa sphère d’influence et d’articuler l’activité au sein d’un plan cohérent de structuration. Elle doit viser au maximum à l’autonomie d’activité des groupes. Pour réaliser cela, elle se dote d’une coordination élue. Cette coordination est chargée d’impulser l’activité des groupes qui ne sont pas encore autonomes, de coordonner l’activité des différents groupes afin d’aider les groupes défaillants dans leur développement, de rendre cohérent le calendrier commun et d’organiser certaines activités à son échelle réunissant les différents groupes.
La Fédération est la réunion de plusieurs Unions de Villes. De la même manière, elle fonctionne comme un échelon supérieur, sur le modèle de l’U.V vis-à-vis des groupes. Sa coordination fédérale a pour rôle d’impulser l’activité dans les Unions de Ville non autonome, de coordonner l’activité afin de soutenir les U.V défaillantes et de rendre cohérent le militantisme à l’échelle du département.
Ces Fédérations sont réunies au sein d’un mouvement national, qui se réunit dans le cadre de l’ANA ou du Congrès. Le Congrès, à pour rôle de fixer un plan pour 3 – 4 ans autour d’objectifs concrets et l’ANA, quant à elle, définit la stratégie annuelle pour réaliser ce plan.
L’ANA prend parfois des allures de mini-congrès. On y redéfinit nos positions politiques et nos textes. C’est à mon sens une erreur et une mauvaise division du travail. Deux instances existent pour cela : le Congrès et le Conseil National. L’ANA à un rôle purement stratégique : celui de réorienter la stratégie politique et organisationnelle pour l’année suivante. De fait, nos discussions devraient davantage s’orienter autour de nos gestes d’organisation et d’implantation et juger nos textes politiques à la lumière de leur utilité pour ces gestes et notre pratique quotidienne.
Si l’ANA prend cette tournure, c’est que le C.N ne remplit pas suffisamment son rôle. Ce n’est pas la faute des camarades, mais plus de notre difficulté à transmettre localement les débats. Organiser des temps d’échanges sur les décisions et du C.N régulièrement permettrait de modifier cela.
Cependant, pour que l’ANA devienne le lieu annuel d’une réelle discussion stratégique et organisationnelle nationale, il me semble qu’il faille davantage intégrer ces discussions dans l’année. Un bulletin mensuel des retours d’expériences : témoignages, réussites, idées stratégiques mises en place localement peut permettre de stimuler cette réflexion. Pour éviter la dépense d’énergie inutile, il faut intégrer ces retours au sein d’événements fédéraux / d’U.V réguliers.
B. Un mouvement démocratique
Notre démocratie est organisée autour du débat libre, du vote et se prolonge dans l’action coordonnée.
Il nous faut nous attacher à l’élection de responsables, locaux et nationaux, autour de mandats clairement établis. Le cumul des mandats est trop récurrent et limite tant la réalisation effective de l’activité que la délégation et l’apprentissage. Je n’y vois pas d’opportunisme. Chez bon nombre de camarades la propension à cumuler les charges tient à la conscience des besoins urgents qui se posent à nous. Malheureusement, cela conduit à ce que l’urgence de ces besoins n’apparaît donc pas à la conscience de ceux qui n’ont pas de charge, fut-elle minime. Cette question de la répartition du travail est nécessaire, tant pour soulager les camarades responsables que pour faire naître le sentiment de responsabilité aux autres.
Cette élection s’accompagne de temps de planification démocratique. C’est le lieu des assemblées générales d’U.V ou de fédération. Leur contenu est proposé par la coordination de leur échelon respectif. Préparé et envoyés à l’avance, l’ordre du jour est amendable. La préparation longtemps à l’avance permet d’échanger en groupe ou individuellement avec celui-ci afin de préparer. Cette préparation est nécessaire pour faire face aux inégalités d’expression politique le jour de l’A.G, notamment sur la prise de parole.
En dehors des Assemblées Générales, les différents échelons doivent se réunir le plus régulièrement possible, dans la limite de ce qu’ils jugent raisonnable. Nous n’appuyons pas assez sur l’importance de la discussion politique, qu’elle soit d’actualité ou d’activité, comme fédératrice et créatrice d’une réelle camaraderie.
Ces réunions doivent d’ailleurs être le lieu d’un transfert autour de l’activité nationale : Avant-Garde, Conseil National et, comme je le propose, d’un retour sur l’activité d’autres fédérations. Organiser des réunions mensuelles permettant de faire un retour sur l’activité du mois, échanger sur les activités du mois prochain permettrait de faire naître la motivation et de déceler les possibilités de délégation du travail. Le manque d’investissement de certains camarades tient à un manque de visibilité sur ce qui se passe à l’intérieur du mouvement.
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