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par Gauthier Bouviala - MJCF 81

Pour la mise en place d’une « commission formation »

Centralité de la formation – bref retour historique :

« Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire », disait Lénine dans son ouvrage Que faire ?. Si cette citation rappelle de manière évidente la nécessité de se doter d’une théorie révolutionnaire pour guider notre pratique militante, elle sous-entend également que c’est au mouvement lui-même de s’approprier cette théorie, soulevant ainsi la question de la formation et de la démocratisation du savoir.

Historiquement, la démocratisation du savoir a toujours occupé une place centrale au sein du parti communiste où dès ses débuts, la question de la formation des cadres et des ouvriers·ères s’est posée. Ainsi, dès 1924, le parti se dote d’une structure dédiée à l’éducation de ses Adhérent·e·s, avec la création de la première école centrale du PCF à Bobigny. Aujourd’hui, malgré toutes les transformations qu’a connues la transmission du savoir au sein du PCF, celle-ci passant d’une éducation assurée par des structures dédiées et centralisées à des formations dispensées sous forme de stages décentralisés, elle reste une priorité. Si nous ne sommes pas le Parti Communiste, le Mouvement Jeunes Communistes de France doit néanmoins faire de la formation une priorité, afin d’armer nos militant·e·s, d’éveiller leur conscience politique et de garantir la démocratie interne.

Formation et MJCF – qualité pratique et risque dogmatique :

Aujourd’hui, la majorité des formations au sein de notre mouvement se déroulent dans le cadre de stages centralisés ou décentralisés proposés et organisés au niveau national, ou bien à l’initiative locale lorsque les fédérations se dotent des moyens d’en produire et d’en dispensé, notamment par la création de secrétariat à la formation. Si le national est capable de produire des formations de qualité, il ne se donne pas les moyens suffisant pour répondre à l’ampleur de la mission : aucun mandat n’est officialisé pour ce travail, et, en général, cela incombe à un·e camarade en lien avec les échelons du national.

Au niveau national, bien que les formations pratiques aient toujours été de bonne qualité, favorisant la démocratisation d’un ensemble de compétences et de connaissances pratiques permettant à chaque adhérent·e de mener un militantisme de qualité, les formations théoriques sont parfois plus ambivalente. En effet, bon nombre de formations théoriques auxquelles j’ai pu participer n’abordent que très rarement les questions épistémologiques et les fondements philosophique (voir jamais), risquant ainsi de leur conférer un caractère dogmatique. Comment produisons-nous les connaissances et comment justifions nous la méthode capable de les produire ? Si cette question reste sans réponse, les formations risquent de se réduire à une succession de concepts auxquels il faudrait adhérer sans jamais comprendre leur processus de production. Or, une adhésion sans compréhension relève avant tout de la croyance, ce qui serait dommageable pour un mouvement politique qui se base sur une conception du monde qui ne se définit pas comme une méthode et un programme de gouvernance ni comme une solution technique à des problèmes particuliers, mais qui se veut être une connaissance rationnelle (science) du monde et de ses contradictions, propre à guider la pratique vers son changement/dépassement.

Des enjeux – militantisme et démocratie :

Généralement, lorsque l’on parle de formation, on pense au processus par lequel on dote les camarades des moyens nécessaires pour leur permettre d’exercer leur militantisme ainsi que leurs responsabilités. Mais derrière cela se sous-entend également la capacité de transmettre aux camarades les ressources suffisantes pour leur permettre d’acquérir une rationalité éclairée, garantissant ainsi une démocratie toujours plus complète au sein de nos organisations. En effet, on semble parfois oublier que la démocratie ne se limite pas à la possibilité formelle pour chaque camarade de donner son avis ou de participer à des espaces de délibération collective. Elle repose en réalité sur une rationalité qui ne doit pas être entravée par un manque d’information ou d’accès aux ressources, car une démocratie dysfonctionne lorsqu’elle est minée par l’incertitude et son contrôle par certain·e·s.

Le premier enjeu de la démocratie est donc celui de la transparence. Cependant, derrière se trouve également celui de la formation de chaque camarade, propre à leur donner les outils qui permettent d’aiguiser leur sens politique et à déconstruire l’incertitude.

Proposition – la commission formation :

Ainsi, afin de permettre au mouvement de disposer des ressources nécessaires pour faire face à l’envergure de ces enjeux, je propose que le national se dote d’une « commission formation » permanente, spécialisée sur les questions de formation. Elle sera composée d’une dizaine de membres maximum, et aura pour objectifs la production, la démocratisation, l’accompagnement de la production locale, l’encadrement des formations et la mise en place de collaboration.

Je distingue trois types de formations : des formations pratiques qui permettent de doter les camarades des moyens de militer et d’assumer leurs responsabilités (exemple : formation pour les cadres / formation vie-fi, etc.) ; des formations théoriques permettant aux camarades de construire leur culture politique (exemple : formation en économie/philosophie/sociologie marxiste, etc.) ; et des formations thématiques permettant aux camarades de s’approprier les diverses campagnes menées par le MJCF (exemple : besoins et aspirations de la jeunesse / Cuba / féminisme, etc.).

Objectif de la commission :

Elle sera chargée de la conception des formations, du développement de nouvelles thématiques (1) ainsi que de leur démocratisation (2). En ce sens, les formations pourront être centralisées ou décentralisées. Dans ce dernier cas, les différents membres de la commission pourraient être amenés à se déplacer sur le territoire pour organiser des cycles de formation en lien avec les fédérations (3). Afin de garantir une certaine horizontalité dans le processus et de prévenir une surcharge de travail, la commission s’assurera de la mise en place de secrétaire à la formation au sein des fédérations, de leur suivi et veillera à la cohérence des contenus. Cela permettra d’encourager les camarades à produire du savoir localement tout en maintenant la cohérence avec la ligne politique (4). Elle aura également pour mission de réfléchir à la mise en place de formations ou de conférences en collaboration avec des professionnels ou des scientifiques spécialisés sur les thématiques abordées (par exemple : à Toulouse, avec la venue de Monique Pinçon-Charlot pour parler de la sociologie de la bourgeoisie) (5).

Ensuite, elle sera chargée de produire des rapports d’évaluation pour analyser l’impact des formations et identifier les lacunes afin d’ajuster les contenus et les programmes (6). Enfin, elle aura pour mission de produire des bibliographies militantes pour guider cell·eux qui souhaitent explorer de manière autonome, ou approfondir, les sujets abordés (7).

Conclusion :

Si ce projet peut, à certains égards, sembler trop ambitieux, il a au moins le mérite de mettre l’accent sur l’importance de la formation et de poser le sujet comme un horizon. En outre, il permet de dégager des valeurs directrices susceptibles de se concrétiser dans le réel.

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