Jeunesse
par Matis Chartier - MJCF 35Quelle Jeunesse ?
I. Le rôle spécifique des organisations de jeunesse
Si nous affirmons notre opposition à la forme contemporaine de la sociale démocratie qu’est la France Insoumise et son projet de Révolution Citoyenne, c’est pour réaffirmer notre projet de révolution socialiste mettant au centre la question de la domination politique de la classe travailleuse.
Et c’est à ce projet que le Mouvement des Jeunes Communistes entend participer, en complémentarité avec le PCF. Si nous acceptons une division du travail entre nos deux organisations, nous acceptons que notre travail s’organise principalement en direction de la jeunesse. Cependant, cette division du travail est une anomalie politique : à gauche comme à droite, les mouvements politiques de jeunesse ne sont que des annexes de leur organe mère.
Si nous faisons le choix d’une division du travail, cela s’explique par la place de la jeunesse dans la société. Grâce au système éducatif développé au XXème siècle, s’est progressivement inscrit une distinction entre jeunesse et adultes. Là où, lorsque les jeunes travaillaient dès 8 ans, ce marqueur était moins visible.
La jeunesse n’est cependant pas une classe sociale, mais bien une catégorie sociale. Cela signifie qu’il s’agit d’un groupe social, plus ou moins homogène caractérisé par :
1) Des sociabilités et formes culturelles propres, en partie liées à la scolarisation. Cela nous permet d’intégrer la sociabilité comme levier d’action.
2)Une autonomie sans indépendance. Cela est particulièrement valable pour le lycée et les étudiants. Cela permet aussi de voir notre action politique et le MJCF comme un lieu d’indépendance / de développement de son indépendance personnelle, par l’apprentissage de certaines pratiques.
Comprendre la jeunesse comme un groupe social permet de tenir compte de certaines particularités autour desquelles on peut orienter notre action :
1) La tendance à une exposition plus forte au chômage et à la précarité.
2) Décrochage plus sévère lié à la précarité
3) Certains secteurs emploient particulièrement des jeunes: le commerce, hébergement/restauration, arts, spectacles et activités récréatives.
Cela fournit quelques bases pour justifier cette division du travail qu’on opère avec le PCF et notre appellation de Mouvement de Jeunesse.
II. Quelle Jeunesse ?
La jeunesse n’est pas une classe sociale, mais une catégorie sociale. Comme toute catégorie, elle est fracturée par la réalité de classe. Il y a des jeunes issus de la bourgeoisie et petite bourgeoisie, certains de la classe travailleuse.
Je pense que nous devons affirmer notre souhait de travailler en direction de la jeunesse issue de la classe travailleuse. Cela ne signifie pas qu’il ne faille pas parler à toutes les jeunesses. Loin de là. Nous devons viser à rendre sensibles toutes les jeunesses au sort de la classe travailleuse et faire comprendre qu’il y a un intérêt véritable à soutenir la lutte de la classe travailleuse et du socialisme.
Aujourd’hui, notre action se fait en direction de toutes les jeunesses en utilisant un matériel qui vise à défendre essentiellement les intérêts de la jeunesse issue de la classe travailleuse. Sans le dire. Par exemple, le revenu étudiant intéresse essentiellement cette jeunesse et pas les enfants de la bourgeoisie, quand bien même, ils y gagneraient aussi en indépendance etc. De même que le matériel sur la précarité vise essentiellement les jeunes touchés par cette précarité, souvent issus de la classe travailleuse. L’idée n’est pas mauvaise en soi, mais me semble comporter certaines limites. Tout d’abord, elle brouille notre objectif.
Premièrement, d’un point de vue de clarté dans nos objectifs. De la même manière que nous concevons le rôle de direction de la classe travailleuse pour le Parti Politique, nous devons viser, dans notre organisation, à faire la part belle à la jeunesse issue de la classe travailleuse. C’est d’ailleurs le plus souvent celle qui est éloignée de l’activité politique.
Deuxièmement, elle évite de s’illusionner. Si des enfants de la petite bourgeoisie se retrouvent dans un tract parlant à la jeunesse de la classe travailleuse, c’est qu’ils soutiennent l’objet. S’ils s’y retrouvent pas, c’est que ce n’est finalement pas dans leur intérêt immédiat. Et l’on a pas le temps ni la force matérielle pour débattre avec tout le monde dans l’immédiat. Nous avons besoin de cibler. Ceux qui ne sont pas convaincus pour l’instant pourront l’être via un changement du rapport de force entre classes.
Troisièmement, cela permet de faire émerger un sentiment d’appartenance plus précis que celui de la Jeunesse ou aux seules idées politiques “communistes” qui, parfois, donnent tout et leur contraire. Nous déplorons une faiblesse de la conscience de classe, mais refusons en même temps de nommer notre classe. Sans se nommer soi-même, sans afficher notre soutien à la défense d’intérêts particuliers, comment la classe ouvrière pourrait-elle prendre conscience d’elle-même. Le mouvement historique, par la création d’un vécu commun, d’une socialisation, le permet, mais il ne fait pas tout. Il faut une phase où nous nommons les choses pour ce qu’elles sont.
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