Jeunesse
par Axel M. - MJCF 37 et Tom Duval - MJCF 76En finir avec les mythes et la fétichisation des « quartiers populaires » et de la « ruralité »
I) « Mobiliser les quartiers populaires », une arlésienne sociale-démocrate et fétichiste
Il est aujourd’hui brandi à gauche de l’échiquier politique une idée aussi vide de sens que répandue : pour réussir notre projet politique, il faudrait mobiliser les quartiers populaires.
Ce discours peut être entendu dans toutes les composantes actuelles de ce que l’on considère en France comme la gauche. Populaire dans le camp social-démocrate, du PS à la FI, étendard politique de nombreux groupuscules gauchistes, elle a su se frayer un chemin jusque dans nos rangs.
Et pourtant qui peut prétendre saisir le sens donné à cette arlésienne ? Entre les fantasmes de guerre civile dans les cités (ref : principe de la guerre populaire prolongée) et la triste réalité politicienne de réseautage mafieux du Parti Socialiste dans de grands ensemble HLM, il faut bien admettre que cette idée n’a pas de sens en soi. C’est un épouvantail que chaque camp peut habiller comme il le souhaite et brandir pour détourner l’attention quand il en a besoin. Ainsi, quand, au hasard, la France Insoumise déclare vouloir mobiliser les quartiers populaires, elle tente de rendre légitime le parachutage de ses figures nationales du mouvement (dont la plupart viennent du centre de Paris) dans des circonscriptions de l’ancienne Banlieue Rouge ou un tabouret portant un autocollant du Front de Gauche pourrait gagner au premier tour.
Car la vraie question qui se pose est : qu’est-ce qu’un quartier populaire ? La vision parisiano-centrée de cette problématique semble s’être imposée dans l’imaginaire politique. Un quartier populaire serait alors un grand ensemble HLM, situé en banlieue parisienne, peuplé de jeunes hommes noirs et arabes s’ennuyant en bas des tours. Ça, c’est un quartier populaire, et même une cité ! Et avec un peu d’imagination, on pourrait admettre qu’il n’y en aurait pas qu’en région parisienne, mais aussi en « province » (ce mot …). Une cité dans chaque grande ville, une constellation autour de Paris, et hop ça y est, on sait où se trouve le cœur battant de la gauche ! Le nouveau prolétariat à conquérir (comme s’il y en avait un ancien et un nouveau) !
Il suffirait alors, pour trouver les quartiers populaires, de chercher les lieux d’habitations les plus précaires, avec le moins d’accès aux services publics, et une population immigrée ?
Pourtant, il ne me semble pas que la gauche dans son ensemble cherche, de manière prioritaire, à militer dans la jungle de Calais ou les camps de gens du voyage. La notion de quartier populaire ne semble pas s’y appliquer.
Mais alors, sur quelle(s) caractéristique(s) peut-on s’appuyer pour définir si un quartier est, ou non, « populaire » ? Une raison architecturale peut-être ? Un ensemble résidentiel d’immeubles en ville suffit-il ? On y trouve beaucoup de contre-exemple de résidences bien loties en ville. L’éloignement des services publics et des transports sûrement ? Pourtant, nombre de quartiers pavillonnaires monotones sont encore plus éloignés des grandes lignes de transport en commun, de commerces et de services publics. Peut-être que la réponse se trouve dans la population alors ? Le quartier populaire est-il le lieu de vie des chômeurs, malgré les dénominations de « cités ouvrières » ? Ou s’agirait-il de l’origine de la population, de sa couleur de peau ? Si oui, existe-t-il un nuancier de couleur qui autorise ou non à nommer un quartier « populaire » ?
Peut-être qu’un quartier populaire peut se définir par ce à quoi on l’oppose. Deux pistes s’ouvrent alors. La première, celle qui devrait couler de source, c’est celle du quartier bourgeois de centre-ville. Cependant, un phénomène vient compliquer la donne : la gentrification. Ce gommage progressif floute les frontières en créant des ilots de « bon-vivre » qui redéfinissent les frontières de ces espaces.
Sur le plan “médiatique”, l’opposé du quartier populaire aujourd’hui semble être « la ruralité », comme l’indique notamment la dissension politique affichée entre Mélenchon et Ruffin et partagée par une grande partie de la gauche.
II) « La ruralité » ou comment nommer tout ce qui n’est pas une ville
Quel est le point commun entre un jeune, fils d’exploitant agricole dans un lieu-dit du Finistère à 50 kilomètres de Brest, et une lycéenne d’un village de 4 000 habitants en Moselle proche de Nancy ? Ils seront tous deux qualifiés de « jeunes en milieu rural » par cette même gauche sociale-démocrate qui fétichise les quartiers populaires. Pourtant, si des thématiques les relient (thématiques qui, comme la question de la mobilité, sont d’ailleurs applicables aux « quartiers populaires »), nombre de choses les différencient.
Mais si les quartiers populaires portent aux yeux de cette gauche les espoirs électoraux, cette « jeunesse rurale », qui formerait un tout, serait le terreau du fascisme, car « nous » les aurions abandonnés. Un mouvement qui se veut révolutionnaire et sérieux ne peut pas partager un tel constat et le qualifier de faits seulement par des observations issues d’un milieu étudiant et urbain, avec une pointe de mépris de classe pour raffiner le tout.
Voyons la réalité en face : ce qui est aujourd’hui à tort nommé “rural” désigne ce qui est en dehors de Paris et des grands centres-villes. En somme, la majorité des Français. Parmi eux, des jeunes, dont plus de la moitié ne sont pas étudiants. Si l’on pointe l’évidence, c’est pour afficher la contradiction entre les effectifs de la JC et la réalité statistiques des jeunes de France. Il est temps, non pas simplement d’en faire un bilan au congrès, mais de poser la question de la représentation des catégories socio-professionnelles dans toutes nos instances, de militants à cadres locaux jusqu’au national.
III) Le sens politique de cette dualité
Nous nous donnons une fausse impression qui est que nous serions en capacité de parler à différentes catégories de personnes qui composent le prolétariat en s’adaptant à leur réalité. Réalité que nous aurions comprise tout en se plaçant nous-même en dehors, voir au-dessus. Mais la pauvreté idéologique des analyses que nous produisons des « quartiers populaires » et de « la ruralité » ainsi que les échecs réguliers de notre mouvement à diversifier l’origine sociale de ses cadres et ses militants montrent que nous sommes à côté de la plaque.
Il ne suffit pas de répéter depuis 10 ans en congrès et en ANA qu’il faut aller donner un tract devant les foyers de jeunes travailleurs ou qu’il faut prendre sa voiture et dépasser les rocades de nos villes pour devenir un mouvement qui attirerait les travailleurs et travailleuses de la France entière.
Notre mouvement parle aux personnes qui le composent. Si nous avons une majorité d’étudiants, donc de personnes forcées de rejoindre une grande ville, voire Paris, vivre en son sein, participer aux activités culturelles dans ses beaux quartiers ou quartiers populaires en cours de gentrification, nous attirerons ces mêmes profils. Structurer le MJCF demande du temps, de l’argent (essence ou trains), de l’effort. Mais soit nous sommes prêts à donner de tout ça pour le mouvement communiste, soit nous nous contentons de tous prendre notre carte à l’UEC.
Il faut se rendre à l’évidence : le mouvement de jeunesse masse échoue. Toutes les réalités du terrain nous montrent une chose : nous devons être un mouvement d’avant-garde pour alimenter un parti communiste à vocation de masse. Et si certains seraient traversés par l’idée d’avancer comme argument que la JC a, avant la crise sanitaire par exemple, été un mouvement de masse, bien plus important en termes d’adhérents, nous leur répondrons par une simple question : où sont-ils tous passés ?
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