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par Géraud Chassagne - MJCF 94

Prolonger 1789 : La République comme chemin vers le Socialisme. (Partie I)

La République se positionne comme l’héritière d’une tradition, d’une culture et d’un récit révolutionnaire, aujourd’hui confronté à l’extrême droite. Cette dernière opère un travestissement de nos discours, de nos symboles, mais également de la culture dont elle hérite. Par exemple, le terme de « patriote », s’est vu, dans l’esprit de nombreux jeunes, détourné en synonyme de nationalisme, une association qui non seulement est trompeuse mais aussi profondément antinomique aux idéaux des premiers patriotes. La Révolution française en particulier le mouvement sans-culotte, les années 1793-1794, ainsi que les combats qui ont suivi, notamment la révolution de 1848, les journées de juin 1848 et la Commune de Paris, ne doivent pas être perçus comme des événements isolés. Ils constituent les fondations et la continuité d’un projet collectif aspirant à l’émancipation des classes populaires, en particulier de la classe ouvrière. Plutôt que d’occulter les aspects moins glorieux de cette histoire et parfois les échecs des luttes que la classe ouvrière a pu conduire, nous avons l’opportunité de les transformer en vecteurs d’inspiration pour nos luttes contemporaines, en mettant en avant leurs récits, leurs symboles mais aussi les traditions d’ont-ils ont été les vecteurs. Cependant, nous sommes aujourd’hui confrontés à une dynamique alarmante : l’extrême droite, soutenue par un système capitaliste en crise, diffuse un contre-récit qui efface progressivement la place du peuple et des classes populaires au sein de notre culture républicaine. Cette entreprise d’imposition d’une hégémonie culturelle réactionnaire est facilitée par le choix, d’une partie de la prétendue « gauche », de s’orienter vers une culture élitiste, dévalorisant et stigmatisant l’héritage ouvrier et populaire. Il en résulte une rupture entre notre discours et les réalités culturelles vécues par une partie de la population, rendant notre message inaudible pour de nombreux jeunes, qui ne se reconnaissent plus dans nos symboles, notre culture ou nos discours dont tout ou partie ont été travestie par la réaction. Face à ce péril, comment ne pas se rappeler les mots brûlants de Jaurès : « Sans la République, le Socialisme est impuissant ; sans le Socialisme, la République est vide. »

Par cette alliance, nous savons que la République, en s’ouvrant aux aspirations du Socialisme, devient la promesse d’un avenir où le peuple est maître de sa destinée, non l’esclave de la bourgeoisie. Ainsi, la République, en fournissant un cadre culturel propice à l’épanouissement du socialisme (premier pas vers la réalisation du communisme), nous engage à la nécessité de reconstruire les instruments qui permettront à nos idées de générer les conditions favorables à l’hégémonie culturelle de notre récit. Par ce biais, nous retrouverons le sens et la voix de nos luttes.

I.              Réhabiliter les symboles.

Si nous voulons redonner aux symboles de notre passé révolutionnaire toute leur puissance véritable, il est nécessaire d’en bannir les vaines représentations ou travesties sous de grotesque atouts. Ces emblèmes, gravés dans le marbre des luttes populaires, ne doivent point se voir réduits à de vains slogans, ni se voir défigurés sous des masques indignes ; ils exigent d’être réinvestis avec respect et fidélité, dans toute la profondeur de leur signification historique. C’est en exaltant les figures de la République et les symboles de la classe ouvrière – Marianne, les sans-culottes, le drapeau rouge ou tricolore, le bonnet phrygien et tant d’autres – que nous rendons justice aux sacrifices de ceux qui, siècle après siècle, ont érigé les fondations de notre société républicaine. La République et ses symboles, eux-mêmes consacrés par le sang du peuple, doivent retrouver leur sens originel, dépouillé de toute corruption. Il est temps ainsi de réhabiliter le patriotisme, non en tant que repli égoïste et chauvin, mais comme une dévotion sincère envers un projet commun, où la liberté et l’égalité ne sont pas des mots, mais des promesses vivantes. La restauration de ces symboles, c’est un acte de résistance contre ceux qui cherchent à les pervertir pour servir des intérêts réactionnaires. En les réintégrant dans notre combat, nous rappelons à chacun que nos revendications actuelles ne sont pas nées d’un caprice du temps, mais s’inscrivent dans la longue et glorieuse histoire des luttes du monde ouvrier pour son émancipation.

II.            Éviter la caricature dans leur réintroduction.

Nous faisons face à un regard méfiant, celui de celles et ceux qui, s’estimant trahis, doutent de notre attachement à cet héritage sacré. Elle voit dans nos idées des discours dépouillés de la puissance des valeurs populaires qui autrefois galvanisaient, et elle doute de notre fidélité à ce passé qu’elle a pourtant cherché à sauvegarder. Cette distance ne peut être comblée par un simple retour aux apparences ; il nous faut, au contraire, réintroduire ces symboles de manière authentique, pour qu’ils recouvrent leur pleine signification et qu’ils accompagnent chaque étape de nos luttes. Pour cela nous ne devons pas nous contenter de ressusciter ces symboles pour le spectacle ou de les manipuler sans respect. Ces symboles doivent être réinvestis avec profondeur et intelligence, réinscrits dans notre projet de transition socialiste, cette voie vers le communisme que nous voulons ouverte, à la fois émancipatrice et respectueuse des spécificités françaises. Dans cette phase de transition, il nous incombe de redonner aux symboles de la République et de la classe ouvrière leur fonction véritable : celle d’être les témoins d’une continuité historique, les gardiens d’un héritage de luttes et d’espoirs communs de notre classe. Réintégrer ces symboles au cœur de notre démarche, c’est inscrire nos revendications contemporaines dans une ligne politique qui demeure fidèle à l’esprit révolutionnaire, mais qui s’engage fermement dans une transition socialiste, où l’égalité et la liberté républicaines seraient le socle du devenir commun. C’est en leur redonnant leur véritable fonction que nous pourrons reconstruire la confiance populaire et faire de ces symboles les étendards d’un projet de société profondément populaire.

III.          Reconstruire un récit collectif.

Pour que la République redevienne le flambeau d’un projet véritablement populaire, il nous faut réinventer un récit collectif qui réunisse et inspire. Ce récit doit embrasser les aspirations du peuple et les valeurs socialistes et républicaines sans concessions, ni détours, mais avec l’honnêteté et l’intégrité qui sont les marques des grandes luttes. Les symboles et l’histoire de notre République n’ont pas vocation à servir des ambitions particulières ; ils appartiennent à tous ceux qui, génération après génération, ont œuvré pour une société plus juste. Notre défi est de les soustraire aux récupérations politiciennes, de les défendre contre le cynisme et la caricature, et de les intégrer dans une vision authentiquement républicaine et socialiste de l’avenir. En redonnant à ces symboles leur dignité et leur sens originel, nous ne faisons pas qu’honorer le passé : nous créons un pont vers l’avenir en ouvrant la voie à un avenir où la République est celle de tous et non celle d’une élite. Jean Jaurès disait, « À celui qui n’a rien, la patrie est son seul bien. » Cette vérité intemporelle nous rappelle que la patrie, loin d’être une simple figure de style ou un accessoire dans nos discours, représente pour les plus modestes l’ultime promesse d’un espace d’égalité et de dignité. Cette promesse est celle de la République, une République dans laquelle l’émancipation des individus et la justice sociale ne sont pas de vains mots, mais des fondements. Elle est la patrie des sans-culottes, des ouvriers de la Commune, des résistants qui ont refusé la soumission. Pour reconstruire ce récit, nous devons le nourrir des luttes populaires et des espoirs qu’elles ont portés, en réaffirmant que notre chemin vers la transition socialiste ne rompt pas avec l’histoire, mais s’enracine dans ses moments de grandeur. Ce chemin nous engage à redonner à chaque citoyen, et notamment à ceux qui se sentent délaissés ou trahis, un sentiment d’appartenance et de responsabilité partagée. Notre ambition, en puisant dans la force de nos symboles et dans la continuité historique, est de créer une conscience commune où l’individu trouve dans la République, et dans le projet socialiste qu’elle incarne, non seulement un idéal de justice, mais aussi un héritage de lutte et d’émancipation. En bâtissant ce récit collectif, nous offrirons aux jeunes générations un patrimoine qui leur est souvent refusé. En honorant le passé sans en dénaturer le sens, en refusant les illusions de la caricature, nous permettrons à la République de se redresser comme un chemin vers le socialisme, pour un peuple qui se reconnaît dans l’histoire des luttes de sa classe, pour la liberté et la justice sociale.

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