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par Salomé Ambroise - MJCF 54

Pour la jeunesse : un matérialisme trans et féministe

La jeunesse LGBTQ+ est une population fragile, en atteste les discriminations à leur encontre, ainsi que les tragédies qu’on été la mort du jeune Lucas, qui s’est donné la mort suite à son harcèlement. Ou à l’international, l’assassinat de jeunes trans’ comme Nex Benedict ou Brianna Ghey. Ils sont précarisés, par les cas de rupture familiale qui affectent ces jeunes, laissés à eux-mêmes, sans emploi ni ressources pour rebondir. La social-démocratie échoue à répondre à leurs besoins de sécurité. La haine contre les personnes LGBTQ+ est mobilisée par la bourgeoisie, ainsi que leurs partis, pour diviser les travailleur·euse·s, quand ce ne sont pas des analyses à gauche qui cherchent à les exclure.
Avec la dernière séquence politique allant de la campagne aux européennes aux législatives, les personnes transgenres, surtout les jeunes, ont été particulièrement touchés par des débats violents, où malheureusement la participation des forces de gauche a été très faible. La fameuse « question trans » mobilisée par la bourgeoisie réactionnaire, qu’elle soit des rangs de LR, du RN, ou même de Reconquête !, doit nous interroger sur ce que le MJCF apporte en termes d’analyse face à cette offensive réactionnaire. Cette contribution vise à arguer sur la nécessité du matérialisme trans’ dans notre analyse, en prenant l’exemple précis de la dépsychiatrisation de la transition de genre, au-delà des analyses libérales du genre.

I. Historique des analyses sur les personnes trans’

Les féministes queer pensent la transidentité et la performativité du genre comme une subversion de l’ordre genré induit par le patriarcat. Les personnes trans’ seraient ainsi subjectivement révolutionnaires. C’est pourquoi les féministes comme Judith Butler, se sont concentrées sur l’identité de genre et l’expression de genre en tant que point central de l’analyse de la transitude, en opposition aux courants psychiatriques qui souhaitaient « soigner » les personnes transgenres, en leurs refusant l’accès à des soins.
C’est avec cette vision libérale du genre, où prime l’autodétermination, que des personnes transgenres ont aidés des sexologues dans la conception de leurs soins, à savoir les traitements hormonaux ou les chirurgies, dans la lignée des travaux de Magnus Hirschfeld et plus tard d’Henry Benjamin. La main-mise de la psychiatrie sur les parcours de soin a contribué à présenter la transitude comme une condition médicale et à psychiatriser les personnes trans’. L’étude de l’identité de genre a été utile, mais présente vite des limites.

II. Des féminismes matérialistes au matérialisme trans’

Inspiré des travaux des féministes matérialistes, le matérialisme trans’ reprend l’analyse d’un patriarcat où deux classes de sexe sont en opposition de par leur hiérarchisation dans les rapports de production : la classe dominante des hommes contre la classe dominée des femmes. Ces classes n’ont pas pour base la biologie, de par l’antinaturalisme assumé des féministes matérialiste. Christine Delphy, entre autres, postule que « le genre précède le sexe ». Rien dans la biologie ne justifie la domination des hommes sur les femmes, des politiques de contrôle du corps des femmes de par l’imposition sur ces dernières d’un travail, domestique et sexuel, non rémunérés. D’autres, comme Silvia Federicci, expliquent la place des femmes dans les rapports de production, par l’intégration d’un patriarcat préexistant au capitalisme au sein de ce dernier. De ce fait, les femmes accomplissent un travail reproductif de la main d’œuvre.
De fait, des penseurs ont repris l’analyse du féminisme matérialiste pour analyser la place des personnes LGBT dans les rapports de production. La violence envers ces populations tient pour leur « inutilité » dans un système capitaliste, notamment dans le travail reproductif, mais aussi le rappel d’une norme cisgenre et hétérosexuelle, symbolisée par la famille. On peut constater à quel point cette question est délicate quand la théorie de la fin de la civilisation, lors de l’épisode du Mariage pour Tous, a été utilisé autant par des catholiques fervents que des figures de gauche, notamment du PS.
Cette analyse est toutefois à nuancer quand on constate le développement d’un capitalisme rose, visant à faire des personnes LGBT des consommateurs comme les autres, que ce soit au niveau des Marches des Fiertés dépolitisantes, centrées sur l’identité et la fierté d’être soit, ou à promouvoir la GPA et l’exploitation des pays du Sud. Pire, cette adhésion au capitalisme rose amène à ne pas comprendre les intérêts de classe des personnes LGBT bourgeoises et réactionnaires, s’étant illustrées dans les rangs de la Macronie ou du Rassemblement National. Les analyses matérialistes ont été très critiques de ce capitalisme rose, qui, dans sa forme la plus crasse, en vient à justifier aussi l’impérialisme (le déploiement d’un drapeau arc-en-ciel par un soldat israélien sur les ruines de Gaza, en est un bon exemple). Le système capitaliste se nourrit de ses critiques et les dépolitisent. Le féminisme queer ne suffit donc pas.

III. Combattre le conservatisme de gauche : dépsychiatriser la transidentité

Les personnes trans’ ne sont pas ainsi des identités que l’on peut agiter lors de Marches des Fiertés. Ce sont les membres de classes de sexe, qui sont des hommes et des femmes, non pas par une identité de genre subjective, mais par leur place dans le système hétéropatriarcal. Leurs intérêts objectifs sont la sortie du capitalisme et la fin du patriarcat. La transitude n’est pas non plus d’une condition médicale, psychiatrisée mais ce que l’on peut constater matériellement, à savoir la transition de genre, comprenant la place des personnes trans’ dans le système patriarcal.
C’est d’ailleurs l’erreur des femellistes ou des féministes conservatrices de croire qu’une personne trans’, de par sa reproduction des stéréotypes de genre, n’est que la complice du patriarcat. Pire, elles reprennent une position naturaliste du genre en établissant la biologie comme la distinction entre les hommes et les femmes. Cette position cissexiste réifie la biologie pour différencier les sexes. C’est pour cette raison qu’elles jugent les femmes effacées lorsque l’on essaie d’aborder la violence envers les femmes en prenant en compte les femmes trans’. Cette analyse s’est clairement illustrée en 2024 par les anciennes féministes libérales, Marguerite Stern et Dora Moutot, autrices du Manifeste Femelliste, et soutien de la loi anti-trans de LR. Une telle analyse n’a pas sa place au MJCF, tant par la diversité de jeunes personnes trans’ la composant, que par le tournant réactionnaire qu’elle a occasionné dans certains mouvements de gauche (écologistes, abolitionnistes, etc.). Une telle analyse n’est pas seulement transphobe, mais aussi sexiste.
À la transphobie s’ajoute le sexisme, fluctuant selon le genre et la classe. Les institutions cherchent à dissuader les personnes trans’ en les recadrant dans des normes genrées, pour conditionner leurs accès à des soins essentiels. Ces protocoles de soin visent à distinguer les « vrais trans » des « faux trans’ ». Leurs différences étant la détermination ainsi que le strict respect de l’ordre du genre. Cette violence s’exprime en obligeant la personne trans’ à faire un coming-out, les exposant à une extrême violence et une extrême précarité, sans leur donner une garantie de soins. Pire, elles vont devant de nombreux risques liés à la prostitution pour faire face aux discriminations à l’embauche, au sexisme sur leur lieu de travail, ainsi qu’à l’écart salarial trans. La réponse de la gauche n’est pas à la hauteur, amenant ces personnes trans’ à préférer le soin communautaire, afin de réduire les risques de la pratique de la prostitution par les personnes trans’. La réponse de l’État n’est que répression et hypocrisie quand les parcours de sortie sont totalement ridicules. La réalité est très loin des analyses des féministes conservatrices et des femellistes, dépeignant les personnes trans’ comme des complices du patriarcat et des proxénètes. Ces analyses ont des conséquences sur la jeunesse trans’.

La dépsychiatrisation de la transidentité va bien au-delà d’un simple accès au soin. Elle s’inscrit dans une démarche révolutionnaire. Anti-capitaliste car l’accès au soin doit être comprise dans une stratégie pour abattre les marchés du médicament, des soins, où ce n’est pas le capital qui contrôle l’accès aux soins, mais bel et bien les travailleur·euse·s. Anti-patriarcale, car les personnes trans’ subissent le contrôle des corps imposé par le patriarcat et les conséquences de la hiérarchisation des sexes. Il s’agit d’une lutte contre la bourgeoisie. Le MJCF se doit de les porter vers ces luttes.

Conclusion :

Les diviseurs ne sont pas les personnes trans’ qui luttent contre le patriarcat et le capitalisme, mais bel et bien les personnes qui luttent pour un retour à l’essentialisme. Car ils refusent d’intégrer les personnes trans’ dans leurs analyses et leurs luttes. Il est regrettable que lors de la dernière ANA, les camarades aient dû voter contre l’avis de la commission pour intégrer les luttes LGBTQ+ dans la partie discrimination du texte, ainsi que les luttes antiracistes ! Il est regrettable d’entendre des camarades défendre cet avis en prétendant que nous serions en train d’invisibiliser les femmes ! Il est regrettable que Cécile Cukiermann, porte-parole du PCF au Sénat, ait choisi de s’abstenir sur le vote concernant la loi anti-trans de LR ! Il est important de porter haut et fort ce message : non, les luttes pour les droits des personnes transgenres ne sont pas des luttes inférieures ! Non, nous ne nous tairons pas face aux féministes conservatrices qui renient les analyses matérialistes aux dépens des réalités trans’ ! Ce congrès doit être l’occasion de donner un positionnement clair du MJCF pour la jeunesse trans’ !

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