Militantisme
par Mathilde Mossler - MJCF 87Neurodiversité et vie politique
Qu’est-ce que la neurodiversité ?
La neurodiversité est un concept désignant les personnes présentant des particularités neurologiques, les rendant inadaptées, d’une manière ou d’une autre, à cette société normée dans laquelle elles seront stigmatisées. La neurodiversité inclut les personnes autistes, TDAH, ayant un trouble dys (dyslexie, dyscalculie,…). Ces pathologies sont généralement regroupées sous le terme “troubles du neurodéveloppement”.
Cette approche cherche à démédicaliser ces pathologies, tout en s’éloignant de l’analyse psychanalytique, tout aussi stigmatisante, de la neurodiversité. Elle correspond à une autre vision, non plus axée sur le déficit d’une personne, mais sur les conditions sociétales qui stigmatisent et restreignent les possibilités des personnes qui fonctionnent différemment.
Constat
On estime aujourd’hui qu’une personne sur six dans la population générale serait atteinte de ces “troubles du neurodéveloppement”, c’est-à-dire qu’environ 15% de la population serait neurdivergente. Cela représente une proportion énorme de la population à laquelle aucune force politique ne s’adresse directement.
Cependant, ce chiffre est à nuancer. En France, les personnes neurodivergentes sont largement sous-diagnostiquées, et énormément sont placées en institutions spécialisées, ne permettant pas leur intégration dans la société.
De plus, la psychologie en France est encore trop largement influencée par la psychanalyse, s’obstinant à traiter les conséquences engendrées par le neuroatypie, ce qui est inutile, voire même contre-productif, car cela retarde le diagnostic, plutôt que d’accepter que la neuroatypie relève de la biologie, ce qui permettrait de fournir un accompagnement adapté et qualitatif aux personnes neurodivergentes.
Porter un discours politique sur la neurodiversité
Revendiquer la neurodiversité, c’est revendiquer le droit de chacun-e à l’éducation, au respect, à la considération, indépendamment des particularités neurologiques, et cela passe nécessairement par une remise en question de notre société normée. De plus, dans une logique d’inclusivité, revendiquer la neurodiversité, c’est également revendiquer la diversité, accepter les forces et les faiblesses de chacun-e et permettre à tou-te-s de vivre dignement en société, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
En effet, on sait que le système capitaliste repose sur l’oppression d’une classe, le prolétariat, par une autre, la bourgeoisie. Cela se fait notamment par l’établissement de nombreuses normes sociales, sociétales, mais aussi comportementales, mettant en avant un individu présentant des caractéristiques bien précises, suivant des conventions. Par exemple en termes d’interactions sociales, insaisissables pour les neuroatypiques, les excluant mécaniquement de la société pour laquelle ils sont considérés comme défaillants.
De plus, dans une logique d’inclusivité, revendiquer la neurodiversité, c’est également revendiquer la diversité, accepter les forces et les faiblesses de chacun-e et permettre à tou-te-s de vivre dignement en société, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Dans notre lutte pour les droits de tou-te-s, il est donc impensable de ne pas se saisir de ces questions qui concernent à minima 15% de la population.
Inclure les personnes neuroatypiques à la vie politique
La vie politique, et de fait nos organisations, sont largement inaccessibles aux personnes neurodivergentes. La plupart de nos gestes militants et de nos actions reposent sur les interactions sociales et de manière générale sur une aisance d’expression à l’oral, ce qui est souvent très peu accessible aux personnes neurodivergentes. Ces questions-là n’étant jamais abordées au sein de notre organisation de manière nationale, et sporadiquement dans nos fédérations dépendamment des personnes en responsabilité, cela ne nous permet pas d’intégrer de manière satisfaisante les personnes neuroatypiques, ce qui va à l’encontre du concept d’organisation de masse. Il est indispensable que ces questions-là soient discutées au sein du MJCF afin d’aboutir à des gestes à destination des fédérations permettant le recrutement et l’inclusion de ces personnes.
On sait par exemple que nos actions peuvent être une source de sur stimulation, notamment sensorielle, c’est donc notre rôle de proposer des actions qui le sont moins, ou à défaut de rappeler aux militant-e-s qu’ils ont le droit de se reposer si les actions sont trop éreintantes pour elleux. De la même manière, comme la formation représente un aspect important de notre militantisme, les formations se doivent d’être adaptées à tou-te-s.
On sait également que la vie politique est inhéremment violente, et ce, au sein même de notre organisation. Il est capital de se saisir de cette problématique collectivement, qui est un frein à l’engagement pour les personnes neuroatypiques ET neurotypiques.
La voie d’accès à la politique représente également un frein à l’engagement : la plupart des gens entrent en politique grâce à leur réseau, et cela est particulièrement vrai pour les postes à responsabilité, où la neurodiversité est quasiment absente. Cet aspect ne permet pas l’implication politique des personnes neurodivergentes. Nous devons donc être conscient-e-s de cette dynamique et permettre la montée en responsabilité des personnes neurodivergentes.
Conclusion
Le MJCF doit se saisir de la question de la neurodiversité, qui est délaissée par toutes les organisations politiques, laissant les personnes neurodivergentes sans perspectives d’organisation de leurs luttes pour leur émancipation, ce qui est pourtant profondément ancré dans nos valeurs. Nous devons être formés et penser des gestes d’organisation relatifs à la neurodiversité afin de faciliter l’inclusion des personnes neurodivergentes dans nos cadres.
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