Rôle du MJCF
par Matis Chartier - MJCF 35MJCF et la lutte antifasciste
À la dernière A.N.A a été posée la question de l’autodéfense et de l’antiracisme, preuve que ces questions prennent corps dans le mouvement.
Cependant, concernant l’autodéfense, la position votée me semble limitée et témoigne, à mon sens, d’un manque de réflexion sur notre rôle dans l’antifascisme actuel et dans la structuration de celui-ci. Plus encore, cette position me semble contraire au reste de notre stratégie d’organisation.
I. Les 3 formes d’antifascisme aujourd’hui
L’antifascisme contemporain me semble aujourd’hui dominé par 3 approches, toutes trois limitées.
A. Réaction antifasciste : les Assemblées Générales Antifasciste
La première est un antifascisme de réaction. Il se présente au travers d’Assemblée Générales anti-fasciste. On en trouve à Rennes, Nantes et d’autres villes, parfois les A.G de Lutte faisant le travail des A.G antifa.
La plupart du temps, ces A.G sont en sommeil et ne se réveillent que lors d’événements impliquant l’Extrême droite, locale ou nationale (collage, manifestation, élection ou événement d’actualité).
Le caractère spontané et la réaction à un événement connu du milieu politisé permet une certaine mobilisation et visibilité. Cette A.G permet un débat d’actualité, de définir une ou deux actions à venir en lien avec l’antifascisme, mais rien de plus. Bien souvent, elles ne découlent que sur une manifestation spontanée et/ou la création d’un cortège de tête. Des actions limitées qui n’inscrivent pas l’antifascisme dans un militantisme quotidien et structuré. De fait, les personnes se réunissant à ces A.G sont souvent les mêmes et l’antifascisme ne permet pas (ou peu) le recrutement / la politisation de personnes nouvelles ni l’apprentissage d’une pratique politique. Une fois l’événement passé et la mayonnaise tombée, l’A.G Antifasciste retombe en sommeil. Avec elle, l’antifascisme local. Cette approche me semble être la pire.
B. La stratégie de l’évitement
La seconde est tout l’inverse. Si la première affirme le caractère antifasciste de son action (ou plutôt de son inaction), la seconde approche consiste à refuser toute action proprement antifasciste. Notre activité politique orientée autour de la défense des intérêts du prolétariat serait par nature antifasciste et ne nécessiterait pas la création d’une approche antifasciste.
Dans cette approche, tractages pour parler des conditions salariales, de la démocratie au travail, de la paix entre les peuples sont des tractages antifascistes. Certes, pas de manière affirmée, mais, car les sujets abordés sont aux antipodes des buts fascistes. Cela est évidemment vrai. Cette approche se justifie aussi par la difficulté à organiser le militantisme quotidien et le refus de nous surcharger de campagnes, sujet de tractage. Cela s’entend.
Cette approche me semble déjà préférable en cela qu’elle met au centre le militantisme quotidien et donc un rapport quotidien aux lycéens, étudiants, jeunes travailleurs et est déjà plus à même de créer une véritable opposition au fascisme, par le recrutement de jeunes autour de la défense de leurs intérêts.
Cependant, elle a ses limites, à mon sens, en cela qu’elle ne permet pas (ou de manière trop imparfaite) de construire dans le quotidien une réelle opposition, frontale, à l’extrême droite. Des camarades se font attaquer, d’autres voient les intimidations de l’extrême droite et sont frustrés par cette stratégie qui ne propose aucune réponse.
Finalement, il s’agit d’une stratégie d’évitement, de contournement. Celle-ci se justifie lorsque la première approche décrite plus haut conduit à un rejet de l’antifascisme, souvent affilié à un microcosme sectaire, gauchisant et aux pratiques politiques désastreuses. Mais si elle se justifie, elle reste limitée.
C. L’action antifasciste : la stratégie de l’indépendance
La troisième approche est, à mon sens, une réunion des deux premières : l’affirmation de l’activité antifasciste et le militantisme quotidien. C’est le cas des groupes d’Action Antifasciste tels que la Jeune Garde, AFA-Paris Banlieue etc… Plus cohérente dans la lutte anti-fasciste, elle ne me semble pourtant pas correspondre aux tâches qui sont les nôtres.
Ces groupes, par leur action anti-fasciste ancrée dans un militantisme quotidien (formations théoriques, pratiques, veille informatique et physique, manifestations etc.) permettent la constitution d’une culture antifasciste et une opposition construire et reconnue à l’extrême droite. À cela s’ajoute un intérêt, celui de proposer une forme d’organisation de l’antifascisme. Pour autant, il me semble que ce modèle ne correspond pas à nos objectifs.
La première limite est sa structuration extérieure et indépendante des organisations politiques. Certes, R. Arnaut est député LFI, il y a donc des liens. Cependant, les Actions Antifa ou Jeunes Gardes sont autonomes et indépendants des Partis et des organisations de jeunesse. Cela provoquera un manque d’ancrage dans la classe travailleuse. Même dans le cadre d’un fort développement du militantisme à l’échelle de la société, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, ce modèle ne permettrait pas le recrutement efficace pour notre mouvement. Pourtant, il peut séduire aujourd’hui, jusque chez nous.
La seconde limite tient à la conception, souvent véhiculée, de l’antifascisme et de la méthode. L’action antifasciste est moins pensée comme auto-défense de la masse des travailleurs (je préciserai ce que j’entends par là ensuite) que comme une défense et un encadrement, par ces groupes, des travailleurs / manifestants.
II. Quel antifascisme pour le MJCF ?
À la dernière A.N.A a été posée la question de l’autodéfense et de l’antiracisme, preuve que ces questions prennent corps dans le mouvement. Malgré des désaccords, il me semble important de continuer ce travail de réflexion pour élaborer une réelle forme d’antifascisme, adaptée aux enjeux.
A. Contraintes qui se posent à nous
Tout d’abord, la faiblesse militante impose deux choses. La première est l’obligation de lier antifascisme et stratégie de recrutement militant. La seconde est qu’elle empêche de constituer, dans chaque fédération, des organisations autonomes sous dépendance de la J.C comme c’est le cas de l’A.S du PCF. L’antifascisme doit donc être inscrit comme objet du militantisme quotidien des groupes, secteurs, union de ville et Fédérations tout en visant à recruter sur cette base.
Ensuite, la faiblesse de temps. Les calendriers sont chargés, d’autant que la division du travail militante est parfois lacunaire. Le militantisme antifasciste doit trouver une forme qui se matérialise aisément dans les calendriers locaux.
Enfin, la question de l’autodéfense. L’extrême droite progresse et avec elle la violence politique. L’auto-défense est ainsi liée à l’antifascisme. Cependant, réduire l’autodéfense à des pratiques sportives (souvent limitées) est une grossière erreur, à mon sens peu efficace. L’autodéfense est, dans nos textes actuels, synonyme d’entraînement physique. L’organisation pour la défense des adhérents et de nos locaux a été adopté sans être réfléchie « comment » ? En l’état, sans réflexion et ainsi posée, l’autodéfense conduira à la création d’un groupe à l’intérieur des fédérations : les pratiquants réguliers de sport de combat seront appelés à faire le Service d’Ordre, à protéger. En un sens, on retourne dans le travers du groupe autonome.
B. Quelles pistes de solutions ?
L’antifascisme et l’autodéfense sont des enjeux essentiels, car il importe de créer une culture antifasciste qui soit basée sur notre projet politique. L’antifascisme dans sa culture et sa pratique doit devenir synonyme de pratique et de culture communiste. Je propose plusieurs pistes de réflexions :
L’antifascisme doit être utile à notre militantisme quotidien. Il ne peut s’agir d’une campagne supplémentaire. Sa pratique doit donc viser au renforcement du MJCF et doit permettre d’encarter des jeunes. Il faut donc modifier nos actions actuelles pour les inscrire dans une stratégie antifasciste. Pour cela, intégrer la question de l’autodéfense et de la protection pour mobiliser.
Pour cela, chercher à proposer aux camarades de participer à la défense / organisation des manifestations, des collages, des conférences et/ou meetings et proposer aux jeunes que l’on connaît qui sont d’accord avec nos luttes d’aider dans ce cadre. Certains qui ne seraient pas intéressés par participer à un meeting peuvent l’être pour filer un coup de main pour l’accueil et la sécurité. Aujourd’hui, la sécurité est le fait des seuls militants du MJCF / PCF et repose sur notre réserve militante. Faisons-en un outil de recrutement. C’est le socle de l’autodéfense, faire front pour protéger la tenue de notre activité.
Ensuite, s’investir activement dans la structuration de l’antifascisme local dans un double but. Le premier est l’organisation de temps d’échanges, de débats collectifs permettant la formation de nos militants sans avoir nécessairement à les préparer. Le second est de permettre de renforcer notre implantation locale tout en engageant le débat sur cette question. À mon sens, cette structuration locale doit se faire au travers d’inter-organisations ou d’échanges avec les collectifs VISA / groupes existants. Néanmoins, refuser le fonctionnement en Assemblée Générales ouvertes où la J.C perdrait sa voix en tant qu’organisation me semble primordiale.
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