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par Camille Mongin - MJCF 22

L’Enseignement Supérieur et la Recherche (ESR) comme outils de réponse aux défis environnementaux et sociétaux

Un ESR isolé et soumis aux logiques capitalistes

Les libéraux, vecteurs des logiques capitalistes, veulent faire de l’ESR un outil soumis aux logiques de rendement. Dans un contexte d’exacerbation de la concurrence internationale, les recherches doivent aboutir à des innovations toujours plus compétitives. Les étudiants sont flexibilisés et rendus adaptables aux exigences du marché.

Cela passe par un isolement de l’ESR dans la société, créant ainsi une rupture entre l’enseignement supérieur et le monde du travail. Ce phénomène peut s’expliquer par deux éléments.

Tout d’abord, une perte de confiance dans les institutions et dans la parole scientifique.
En effet, suite à la crise de la covid, 50 % des Français considèrent ne pas pouvoir faire confiance aux scientifiques pour dire la vérité si leurs recherches avaient des impacts négatifs sur la santé (ipsos, 2022). Nous pouvons également mentionner l’augmentation du climatoscepticisme en France, et ce, malgré les impacts déjà visibles du changement climatique.

Ensuite, de plus en plus de prérequis sont nécessaires à l’entrée dans l’Enseignement Supérieur. Avec Parcousup puis Mon Master, l’accès aux études supérieures est devenu de plus en plus restreint, transformant l’Enseignement Supérieur en un véritable système élitiste.

Au-delà de ces plateformes, ce sont les coûts liés à la vie étudiante qui restreignent l’accessibilité à l’enseignement supérieur. Le loyer moyen d’un logement étudiant serait de 550 euros par mois, il peut s’élever à plus de 900 euros dans la capitale. Les frais universitaires rendent impossible l’émancipation des étudiants les rendant dépendant de la solidarité familiale. Dès lors que la famille ne peut pas assurer ce rôle, les étudiants sont obligés de trouver du travail, alors même que le salariat représente la première cause d’échec dans les études.

L’ESR ainsi isolé semble être plus facile à attaquer. C’est du moins ce que laissent penser les différentes mesures prises par les gouvernements et ministres de l’ESR successifs.
Les coupes budgétaires ont mis à mal la qualité des enseignements. L’autonomisation des universités à marche forcée répond uniquement à des logiques capitalistes et court-termistes. La mise en concurrence des établissements, des étudiants et des chercheurs va à l’encontre de la coopération scientifique pourtant nécessaire. Les lois successives ont participé à la destruction du service public de l’enseignement supérieur.

Cette casse de l’ESR profite grandement à l’Enseignement supérieur privé. De 2010 à 2022, les inscriptions d’étudiants dans le secteur privé ont augmenté de 72 %, contre 11 % dans le public.

Pour un service public de l’enseignement supérieur fort

Pourtant, notre société a besoin de l’enseignement pour avoir des travailleurs formés, que ce soit aux métiers manuels ou intellectuels, et ce, dans tous les domaines. C’est ainsi que notre génération et les prochaines seront capables de répondre aux défis environnementaux et sociétaux qui se poseront à elles.

Pour cela, nous avons besoin d’un enseignement supérieur fort.

Les étudiants d’aujourd’hui sont les jeunes travailleurs de demain. Il est nécessaire de rendre l’ESR accessible à toutes et tous. La formation est un droit et un temps à part entière de la vie qui nécessite la garantie d’une indépendance. Cela passe notamment par la création d’un revenu étudiant et d’un service publique de l’orientation, ainsi que des mesures permettant l’accessibilité à un logement digne (construction de logements CROUS, rénovation, plafonnement du prix des loyers).

Investir dans l’ESR aujourd’hui, c’est investir dans la société de demain. Une planification sera nécessaire. Il faut prévoir les besoins, investir dans des programmes de recherche planifiés qui permettront d’y répondre, ouvrir des places dans les formations concernées. Notre recherche pour répondre au défi climatique, par exemple, doit à la fois être tournée vers les énergies durables et des technologies moins consommatrices, mais également vers des aménagements plus résilients permettant l’adaptation de nos sociétés.

Tout cela ne peut pas aller sans une réindustrialisation. Avoir l’ambition d’aboutir à une recherche et des innovations compétitives, comme le proclame l’Europe, n’a pas de sens sans applications industrielles et en laissant partir notre industrie à grands coups de délocalisations.

Enfin, l’enseignement supérieur est considéré comme le temple de la connaissance par sa fonction de création et de transmission du savoir. Il est le vecteur de la compréhension du monde social. La formation supérieure n’est pas un “luxe”. C’est une nécessité si nous voulons que notre génération et les prochaines soient capables de mener le rapport de force dans l’objectif d’obtenir de nouveaux droits. La formation, qu’elle soit intellectuelle ou manuelle, n’a pas pour seul but l’émancipation d’individus, mais bien l’émancipation d’une classe dont notre génération est partie prenante.

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