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par Floryane Dauriac - MJCF 13

Justice et gestion des conflits, pour une approche marxiste et émancipatrice

Nous le savons, nos organisations n’échappent pas aux violences systémiques qui se jouent dans notre société. C’est de ce constat que nous travaillons à construire une organisation safe et inclusive pour permettre à chacun et chacune d’y trouver sa place et de s’y épanouir. La gestion des conflits internes doit être guidée par nos principes révolutionnaires et viser la construction d’un collectif solide, capable de porter des transformations radicales.

Pour autant, malgré des réflexions, formations et un travail militant toujours en évolution pour limiter l’exercice de ces violences. Elles existent et se retrouvent dans les relations entre les camarades, nourries par des systèmes d’oppressions inhérents à la société capitaliste et individualiste.
Le désarmement de notre organisation face à ces oppressions, en fait un terreau fertile permettant l’émergence de dynamiques sectaires et dangereuses pour notre collectif et les individus qui le composent. Ne pas avoir de volonté de contrôle sur ces questions, laisserait notre organisation répéter les erreurs des systèmes actuels.

Une justice protectrice

Aujourd’hui notre organisation a mis en place un traitement des VSS, qui découle d’un positionnement politique essentiel dans notre organisation.

Mais les violences qui s’exercent dans nos cadres sont plus larges que la question des VSS. Il est donc nécessaire que nous travaillions à un traitement des violences dans leur ensemble. Ces dernières peuvent dépasser le cadre des rapports de domination lié au patriarcat comme c’est le cas avec les VSS (classicisme, racisme par exemple). Elles prennent la forme de violences physiques ou psychiques. Ces violences sont nourries par les systèmes d’oppressions qui font rage dans la société. Nous devons être collectivement vigilants à la manière dont des camarades peuvent utiliser leurs privilèges issus de la société capitaliste pour asseoir une domination dans nos collectifs, au-delà des VSS. Face aux oppresseurs ayant des comportements dangereux pour les autres et le collectif, ces comportements nous empêchent ainsi de ne pas considérer l’exclusion de l’organisation, pour la sécurité de toutes et tous. Notre manière de gérer les conflits internes, doit prendre en compte la place dont peuvent jouir les oppresseurs dans la société et donc dans nos collectifs et les ressources qu’ils peuvent mobiliser de part leurs privilèges.

Pour autant, déconnecter ce traitement des violences en interne de notre organisation, de notre vision politique du traitement des violences dans la société ne permet pas de créer une organisation saine.

Nous devons réfléchir à comment notre organisation peut prendre en charge la gestion de ces violences, sans en nier leur aspect systémique, sans nier la responsabilité du collectif dans leur émergence ou du moins dans le rôle qu’il peut endosser.

De même, en tant qu’organisation politique, nous nous devons de traiter plus que la gestion immédiate de la violence et donc du statut de la personne auteurice. Comment créer les conditions pour que les violences cessent ? Comment créer des conditions pour que les personnes auteurices de violences sortent de ces schémas, tout en protégeant nos camarades ? Ce sont des réflexions dont nous devons nous saisir collectivement.

Rapidement, dans les milieux militants (ce ne sont pas des mécanismes propres au MJCF) l’exclusion est une solution prônée dans le cas de violences infligées (quel que soit le type de violence, sa gravité), voire de conflit politique. Rarement des réflexions sur la responsabilité du collectif, la réparation, la réhabilitation, l’accompagnement des personnes victimes, la sortie des conflits émergent. Alors même que nous mettons en cause le système judiciaire répressif de la société.

Ce congrès doit être l’occasion de poser des bases de gestion des conflits en lien avec notre projet politique d’une justice marxiste et émancipatrice.

Cela doit aussi amener les camarades à sortir d’une pratique violente de la politique, notre lutte contre une société capitaliste prédatrice, ne doit pas justifier l’utilisation de pratique de pression, de harcèlement, de diffamation en notre sein. Pour créer une organisation dont toutes les jeunesses peuvent se saisir, inclusive, bienveillante, permettant l’émancipation des jeunes et la construction d’une conscience de classe, nous devons y être vigilants et travailler collectivement à éviter la reproduction des systèmes de domination en notre sein. Sans pour autant nier les notions de construction sociale et déboucher sur une obligation de pureté militante qui ne permet pas d’atteindre nos objectifs ou va même à l’inverse de la construction d’une organisation saine.

Les principes d’une gestion marxiste des conflits internes

1. Collectif contre individualisme

La gestion des conflits doit viser à préserver et à renforcer le collectif. Sous le capitalisme, les conflits sont souvent individualisés, détachés de leurs causes structurelles. En interne, nous devons replacer chaque conflit dans son contexte, en reconnaissant les dynamiques de pouvoir et les contradictions idéologiques qui peuvent les sous-tendre. Cela signifie aussi de ne pas appliquer la seule logique punitive qui fragilise le groupe et travailler des processus de médiation et de réconciliation.

2. Une critique matérialiste des causes des conflits

Les tensions dans une organisation révolutionnaire ne peuvent être analysées comme de simples désaccords entre individus. Elles doivent être comprises comme l’expression des contradictions idéologiques et des influences extérieures (patriarcat, racisme, etc.). En tant que communistes, nous devons aborder chaque conflit avec une méthode dialectique, en identifiant ses racines sociales et économiques et en œuvrant à les dépasser.

3. Des mécanismes démocratiques et transparents

La justice interne doit reposer sur des structures démocratiques. Cela implique la mise en place d’espaces sûrs et égalitaires pour l’expression, la critique et la résolution collective des tensions. La transparence dans les processus de décision est essentielle pour éviter les dérives bureaucratiques ou autoritaires.

4. Un cadre de formation politique

La gestion des conflits est également un moment d’éducation politique. Elle doit permettre à toutes et tous de mieux comprendre les mécanismes d’oppression, les dynamiques de pouvoir et les moyens de les surmonter. Cela nécessite une formation continue, non seulement sur nos idéaux communistes, mais aussi sur des outils pratiques comme la médiation ou la justice réparatrice.

Vers une justice révolutionnaire

Au sein de notre organisation, la gestion des conflits doit être cohérente avec notre projet révolutionnaire. Nous ne pouvons pas prétendre transformer la justice bourgeoise tout en appliquant des pratiques contradictoires en interne. Nous devons nous fixer pour objectif d’incarner dès aujourd’hui les principes d’une société socialiste et émancipée, y compris dans la manière dont nous gérons nos relations internes et nos conflits.

1. Conflits internes et lutte des idées

Dans une organisation marxiste, les conflits ne sont pas des accidents à éviter, mais des moments naturels de confrontation d’idées qui permettent d’approfondir les débats. Cependant, ces conflits doivent être gérés de manière constructive pour qu’ils renforcent la cohésion et la compréhension collective. Une gestion saine repose sur la reconnaissance que ces désaccords peuvent refléter des influences idéologiques extérieures – héritées du capitalisme, du patriarcat, ou du racisme – et qu’ils exigent une approche critique et dialectique.

Pour cela, il est impératif d’assurer que nos discussions internes soient à la fois inclusives et respectueuses, tout en valorisant la critique constructive.

2. Éviter les dérives punitives et privilégier la justice réparatrice

Dans une société capitaliste, les conflits sont souvent résolus par des mécanismes punitifs qui excluent et marginalisent. Ces pratiques doivent être évitées dans notre mouvement. La justice interne ne doit pas se limiter à identifier des « fautes » individuelles pour sanctionner, mais chercher à comprendre les causes profondes des tensions et à rétablir un équilibre collectif.

Nous devons mettre en place des processus de justice réparatrice basés sur :

La médiation : permettre aux membres concernés de dialoguer dans un cadre sécurisé et constructif, avec l’aide de médiateurs formés.
La responsabilisation : chaque membre doit reconnaître sa part de responsabilité, tout en étant accompagné dans une démarche de réparation
La reconstruction collective : au-delà des individus, il s’agit de renforcer le collectif et de tirer des leçons pour le fonctionnement futur.

3. Construire une culture organisationnelle cohérente

La gestion des conflits est indissociable de la culture politique que nous construisons au quotidien. Il est nécessaire d’instaurer des pratiques de solidarité, de respect mutuel et de discipline collective. Ces valeurs doivent se traduire dans nos interactions quotidiennes et être renforcées par des espaces d’éducation politique.

Cela implique également de ne jamais ignorer ou minimiser les tensions, mais de les aborder directement et honnêtement, en refusant les logiques de domination ou de mépris. La transparence et la confiance mutuelle sont des piliers indispensables pour garantir l’unité et la force de notre organisation.

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