Autre
par Mathis Deleu - MJCF 75Faire vivre une culture sportive de classe
Aujourd’hui, le monde du sport français traverse une phase contradictoire. D’un côté, l’engouement suscité par les JOP de Paris a été massif et se traduit par un pic d’inscriptions dans les clubs et associations sportives. De l’autre, ces mêmes associations ne tiennent que par le dévouement de bénévoles. Il faut bien souvent choisir entre rémunérer un entraîneur à temps partiel et renouveler le matériel et de nombreux athlètes de très haut niveau ne vivent pas de leur activité sportive.
La question sportive doit occuper une place dans le texte de congrès à venir, car il peut être vecteur d’émancipation et d’émotions collectives. Il est aussi politique, quoi qu’en disent les dirigeants des fédérations sportives pour qui ce terme est perçu comme une insulte. Nous nous devons, en tant que mouvement de jeunesse communiste, d’avoir une adresse sur cette pratique qui n’est pas épargnée par les différences de classe.
I-Accessibilité au sport
L’enjeu des infrastructures
Les infrastructures sont reparties inégalement sur le territoire national, avec un manque cruel d’infrastructures dans les zones rurales et les périphéries des grandes villes – autrement dit dans les zones de résidence de la classe travailleuse. Ces infrastructures coûtent cher aux municipalités en termes d’entretien et, du fait des finances souvent exsangues des associations sportives, ne permettent pas d’en dégager une rente permettant de les rembourser. Vouloir mener une politique sportive de masse est donc, en termes strictement comptables, un investissement à perte. Or ces investissements sont nécessaires à plusieurs titres.
Tout d’abord, sans infrastructure municipale publique et peu chère pour la population, le sport devient le privilège d’une classe qui a de toute façon les moyens de payer une alternative privée et c’est, en définitive, la question de la santé de notre classe qui se pose.
Ces investissements permettent par ailleurs de créer du lien social à une époque où tout est fait pour isoler les gens les uns des autres. C’est donc un moyen de sortir, de mettre de côté les galères du quotidien ou au contraire d’en parler avec d’autres rencontrant des difficultés analogues et ainsi de créer de la solidarité.
Enfin, si nous voulons d’une nation qui brille aux différents évènements sportifs internationaux, il faut pouvoir faire émerger le plus de talents possible. Or comment le faire si le seul terrain sportif de la ville est mal entretenu et que les associations peinent à rémunérer des entraîneurs professionnels à même d’encadrer les séances ?
Pour résoudre ce problème de financement, la question d’une taxe sur les infrastructures sportives privées (salles de sport, piscines privées personnelles…) peut s’envisager.
Vivre de son activité sportive, un idéal intangible pour de nombreux athlètes
Aussi, de nombreux athlètes ne parviennent pas à vivre de leur activité sportive, y compris des médaillé·es des JOP. En cause, on y revient, le manque de moyens des clubs. Or avoir un emploi à côté de son activité sportive empêche la récupération complète, multiplie les risques de blessure en ajoutant un facteur et donc nuit aux performances.
Le sport, un loisir cher à voir et mal diffusé
Aujourd’hui, suivre le sport coûte cher. Les places au stade sont en général assez coûteuses, en plus de toutes les dépenses qu’une telle sortie implique (restauration rapide, transports…). Pour un couple avec 2 enfants, on atteint rapidement la centaine d’euros la soirée.
Côté diffusion, le constat n’est pas plus reluisant puisqu’il faut débourser plus de 20€ par mois pour suivre le championnat français de foot masculin et que son homologue féminin est accessible gratuitement, mais sur Dailymotion, une plateforme très peu utilisée. Quant aux autres sports, ils sont peu, voire pas diffusés. La raison en est simple, produire un évènement sportif représente un coût énorme qui rapporte peu et le phénomène s’autoentretient.
II-Politisation du sport et lutte contre les discriminations
Quand les supporters font l’actualité, c’est en général car certains groupes se sont adonnés à des violences racistes ou que des slogans homophobes ont été lancés.
Les clubs de sport ont une histoire, marquée par un vecteur de classe ou une orientation politique. Ce n’est pas un hasard si les groupes d’ultras fascistes sont cantonnés à quelques clubs bien identifiés.
Face à cela, la réaction des clubs est relativement laxiste, car ces groupes sont connus et revendiquent ouvertement leurs actes or rien n’est fait ou presque pour prévenir ces actes. À l’inverse, les sanctions pleuvent quand des torches sont allumées alors même que cela participe pleinement de l’expérience du stade. De la même manière que nous revendiquons la dissolution des groupes fascistes, nous devons revendiquer des sanctions contre leurs pendants sportifs.
III- Traduction dans les pratiques du MJCF
Le rôle des fédérations
La pratique du tournoi sportif est ancienne et ancrée dans le mouvement. Toutefois, elle se limite bien souvent au seul football. Si ce sport est si fréquemment choisi, c’est parce qu’il est connu de tous, largement pratiqué en loisir et donc a priori accessible à toutes et tous. Néanmoins, il peut être intéressant de varier les pratiques au maximum. Car c’est autant de jeunes différents que l’on peut ainsi rencontrer. Donc diversifier le public auquel s’adresse notre organisation, en cohérence avec ce que nous tentons d’impulser sur les lycées pros et les IUT entre autres.
Quelques revendications pouvant être portées nationalement
Accessibilité
Créer deux nouvelles chaînes sur le service public destinées à la diffusion des principaux événements sportifs en plus des championnats français de football, masculin comme féminin, financées par le retour de la redevance télé ;
Exiger des moyens pour la construction et la rénovation d’infrastructures sportives (cela peut se décliner localement en fonction d’une actualité)…
Institutions
Le Conseil national du sport pourrait se voir attribuer un budget et sa composition pourrait évoluer afin d’inclure des acteurs élus par un collège regroupant sportifs, professionnels et fédérations sportives ;
Exiger une plus grande transparence des fédérations sportives et une voix plus importante donnée aux professionnels du sport dans leur gestion…
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