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par Amado Lebaube - MJCF 75

En quoi le MJCF est-il révolutionnaire ?

Notre mouvement se conçoit explicitement comme une organisation de jeunesse et de masse, tournée vers l’activité quotidienne et de proximité. Des jeunes peuvent se demander légitimement, au regard de cette activité, pourquoi nous nous déclarons révolutionnaires et de quelle manière nous comptons participer à un processus révolutionnaire.
Notre 43e Congrès a consacré de nombreuses pages à expliquer la nécessité du dépassement du capitalisme et de la construction du communisme, « seule résolution possible de la crise du capitalisme ».
Précisément, cela passe selon nous par l’appropriation collective des moyens de production et d’échanges, leur contrôle démocratique, l’abolition du salariat, la maîtrise du travail, la fin de toute forme d’exploitation, la planification démocratique de la production, l’instauration d’une logique de satisfaction des besoins sociaux, une République socialiste. Ces transformations sociales « nécessitent une révolution politique et sociale » (le socialisme), définie par « la conquête du pouvoir d’État par le prolétariat » et le contrôle de toutes les institutions économiques et politiques. Dans le même temps, notre organisation ne se voit pas comme l’outil principal de cette révolution socialiste. Elle est certes une organisation de lutte sociale et politique, mais elle n’est pas un petit parti communiste de jeunes. « Le MJCF est une organisation communiste qui travaille en complémentarité avec le Parti communiste français. Il a pour rôle de participer à la prise de pouvoir en organisant les jeunes ».
Nos idées sont communistes, nos actions visent à organiser le plus grand nombre de jeunes dans la lutte contre le capitalisme, le patriarcat et l’impérialisme. Mais nous nous donnons davantage un rôle de préparation des jeunes à la révolution socialiste qu’un rôle de direction de cette dernière.
Pour le dire sans détours, pour le MJCF, c’est le rôle du PCF que de préparer et diriger la révolution sociale. On n’imagine pas une organisation de jeunesse communiste sans un parti communiste jouant ce rôle central. On se donne même explicitement le rôle d’être l’organisation de jeunesse rassemblant le plus grand nombre de jeunes et les faire adhérer au projet communiste dans les luttes et les activités quotidiennes.
En bref, on définit le rôle du MJCF dans une sorte de division du travail militant entre les organisations communistes. L’indépendance d’organisation du MJCF est conçue comme le moyen le plus efficace pour développer notre implantation parmi les jeunes et nos capacités à les organiser, et en même temps le meilleur moyen pour faire émerger des jeunes communistes ayant de fortes capacités d’organisation, de direction, et à réaliser toutes sortes de tâches.
Ainsi, il est important que le MJCF développe une conception du monde marxiste auprès des jeunes et se situe vis-à-vis de la nécessité d’une révolution socialiste. Cela n’en fait pas un parti politique de jeunes pour autant. Mais nous jouons un rôle actif et important dans les progrès du potentiel révolutionnaire dans notre pays (parmi d’autres organisations de masse).

Quelle vision de la révolution ?

Les choses ainsi posées, il faut encore écarter des visions illusoires de la révolution qui, puisqu’elles ne sont pas adaptées à l’organisation actuelle de la société française, peuvent nourrir à la fois des impasses, des malentendus et des déceptions.
Selon moi, il faut rejeter (aujourd’hui et en France, pas de manière absolue pour toujours) deux visions de la révolution : la « révolution armée » (stratégie insurrectionnelle) et la « révolution par les urnes » (stratégie électoraliste). Ce sont deux impasses pour nous (je ne parle pas d’autres conditions historiques et géographiques).
La stratégie insurrectionnelle a été abandonnée chez nous depuis longtemps. Au profit d’un travail d’implantation dans de larges couches de la société, en tentant de créer une majorité sociale autour d’une classe ouvrière minoritaire numériquement, mais au rôle de direction. Plus récemment, la stratégie de la « révolution citoyenne » a pour limites visibles son approche rapidement très électoraliste.  Elle se détourne de l’acteur social de la révolution socialiste, à savoir la classe travailleuse, au profit d’autres couches sociales plus facilement acquises. Les partisans de la révolution citoyenne ont donc tendance à abandonner toute analyse de classes sociales en termes de rapports de production à changer. Afin de se concentrer uniquement sur un combat de valeurs et, à la limite, de redistribution des richesses post-production, dans le cadre des institutions existantes.
Cette stratégie oublie la contradiction entre citoyenneté et place dans les rapports de production.
Il semble aussi illusoire aujourd’hui dans notre pays d’attendre un soulèvement populaire rivalisant avec les forces de sécurité que d’attendre une victoire de la gauche au second tour de l’élection présidentielle (comment réussirait-elle mieux une fois au pouvoir de toute manière ?).

Nous avons plutôt intérêt pour notre part à développer la capacité d’action politique de la classe travailleuse en tant que classe. Ainsi, développer la démocratie sociale au point de concurrencer la légitimité des institutions bourgeoises et jusqu’à l’antagonisme objectif avec celles-ci.

Si on regarde en arrière, la Révolution française, la France est devenue une République alors qu’elle avait déjà une Assemblée nationale concurrente au pouvoir royal, des clubs populaires et même une armée révolutionnaire. Si on regarde la Révolution russe, il y avait des Soviets concurrents des très jeunes institutions bourgeoises avant qu’il y ait un pouvoir ouvrier.
Concrètement, cela veut dire développer en France des institutions populaires revendiquant une part pour commencer, puis toutes les parts, du pouvoir économique et politique : comités d’entreprise, syndicats de salariés, Sécurité sociale, coopératives et mutuelles ouvrières, de nouveaux droits d’intervention et de gestion des entreprises, etc. En bref, acquérir une puissance économique, un pouvoir de décision économique. Sur cette base d’institutions populaires, la classe travailleuse existe comme un acteur économique et comme un acteur politique à part entière.
Cela n’empêche pas de participer par ailleurs aux institutions bourgeoises pour y pousser les contradictions et trouver des leviers de transformation sociale de ce côté-là également. Les élections sont également utiles pour mesurer nos progrès. Il faut aller partout.

Si notre tâche vis-à-vis de la révolution est d’abord de faire grandir cet acteur historique et cette nouvelle société à l’intérieur du capitalisme, il est clair que le MJCF a toute sa part dans la préparation d’une société nouvelle dans son milieu propre.

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