Militantisme
par Astrid Gonzalez - MJCF 37Construire une organisation de jeunesse féministe
Nous nous trouvons aujourd’hui devant une tâche essentielle, un impératif qui appelle chacun d’entre nous à la vigilance : celui de construire une organisation féministe.
La question féministe est une partie intégrante de notre bataille pour dépasser le capitalisme. Patriarcat et capitalisme sont les deux faces d’une même médaille d’oppression, unis dans la division et l’asservissement.
Cependant, seule une organisation qui tend à être véritablement féministe peut espérer éradiquer toutes les injustices. C’est pourquoi il nous faut penser notre organisation, comme incarnant notre engagement, de la base à la politique de cadre afin de transformer profondément notre organisation pour que les femmes puissent jouer un rôle central dans les prises de décisions et les combats politiques.
I. Une organisation égalitaire et inclusive
A. Encourager la participation féminine dès la base
Cet encouragement passe par des gestes d’organisation simple. Par exemple, l’institution des tours de parole est un bon moyen de favoriser la participation de tous et toutes, particulièrement celles des femmes et des camarades minorisé.es. Par ce mécanisme, nous affirmons que chaque camarade est écouté, que chaque opinion compte.
En outre, dans la continuité du travail déjà mené, il faut encourager la création de groupes de travail dédiés aux problématiques féministes. En accordant au féminisme ces espaces d’expression et d’action, nous renforçons notre capacité à comprendre et à combattre les spécificités de l’oppression de genre dans chaque aspect de la vie.
Cependant, il nous faut veiller à ne pas reproduire les travers de la société libérale contre laquelle nous combattons. En d’autres termes, rappelons-nous que notre objectif est de dépasser un système – le capitalisme – dont le patriarcat est l’un des piliers. Ne séparons pas la lutte pour l’émancipation des femmes de celle pour l’abolition des classes. Le féminisme n’est pas une cause réservée aux adhérentes, mais un enjeu pour l’ensemble des militants et militantes.
L’organisation doit donc créer les conditions pour que chacun et chacune s’engage activement, à travers des formations, des conférences, des ciné-débats, des expositions, et toute autre initiative mettant en lumière le rôle et les combats des femmes.
B. Féminisation des instances décisionnelles
En plus d’encourager la participation féminine, il faut maintenir nos efforts quant à l’évolution de la structure de notre organisation, afin de créer les bases essentielles pour que les femmes occupent des places de responsabilités et de direction.
Le processus de féminisation de nos instances décisionnelles fait parti de cette tâche. Pour ce faire, nous devons poser des fondations qui rendent cette transformation possible. Nous devons continuer le travail amorcé de tendre vers la parité dans les instances de direction ( Coordination d’Union de Ville, conseils départementaux, coordination…), et voir ce travail comme une nécessité stratégique pour la pérennité de notre mouvement.
Une organisation où hommes et femmes partagent équitablement les responsabilités est une organisation mieux équipée pour comprendre et affronter les multiples facettes de la lutte de classe et de la lutte de genre. C’est aussi pourquoi il faut continuer d’évaluer la progression du MJCF en matière de nombre de femmes au sein du mouvement, afin d’en analyser son évolution et de pouvoir à partir de cette réalité mettre en place des solutions.
II. Une politique de cadre féministe
A. L’instauration d’une politique de cadre féministe
En parallèle, instaurons une politique de cadre féministe, c’est-à-dire une démarche proactive visant à encourager et à former les militantes à prendre des rôles de direction. Une organisation révolutionnaire ne peut se permettre de rester passive face à la question des cadres. Cette politique doit inclure des programmes de formations, mais aussi les dispositions essentielles pour que les femmes puissent accéder à n’importe quel poste de cadre, et de s’y sentir légitime. Il est également fondamental, lors des discours et des conférences, de veiller à ce que les femmes en position de responsabilité puissent prendre la parole.
Attention, il est tout aussi crucial de ne pas enfermer les femmes dans des rôles associés exclusivement aux questions féministes ou dans des tâches marquées par des stéréotypes de genre. L’organisation a le devoir de créer les conditions nécessaires à leur émancipation, en encourageant leur adhésion et leur progression au sein des cadres dirigeants, tout en garantissant leur liberté d’expression et leur développement selon les aspirations et compétence de chaque adhérente.
B. La bataille des idées aussi bien en externe qu’en interne
La bataille des idées est le front invisible, mais décisif où se joue la victoire de notre cause. Ainsi, dans le cadre de la lutte contre le patriarcat, nous avons besoin de continuer la mise en avant d’une communication féministe, mettant à la fois les femmes de notre mouvement en avant mais aussi les combats féministes.
Nous devons essayer d’investir au maximum les espaces – réunions publiques, débats, médias, réseaux sociaux – pour lutter à la fois contre les visions autoritaires et libérales, mais aussi contre des discours dangereux pouvant proliférer à « gauche » à l’image de discours sur la prostitution.
Nous nous devons d’être présents et présentes sur chaque lutte contre le patriarcat ainsi qu’imposer notre discours marxiste dans la bataille idéologique à l’heure où les violences se multiplient et se font étendard de récupération politique conservatrice. Il nous faut aussi continuer d’engager des campagnes féministes, à l’instar de celle pour l’instauration de cours à la vie sexuelle et affective qui est essentielle à la formation et à la prévention de violence.
Néanmoins, la bataille des idées ne s’arrête pas aux frontières de notre mouvement. Nous ne pouvons tolérer, en nos rangs, ni les violences sexistes et sexuelles, ni les violences symboliques qui réduisent les femmes à des rôles stéréotypés, les enfermant dans une vision étriquée de leur potentiel. Nous devons être intransigeants : permettre la moindre de ces violences en notre sein, c’est reproduire les oppressions que nous prétendons combattre.
Chaque militant, chaque militante doit être formé pour reconnaître, dénoncer, et combattre ces abus, qu’ils soient d’ordre physique, sexuel ou psychologique. En éradiquant les comportements qui réduisent, limitent ou essentialisent nos camarades, nous forgeons une organisation dans laquelle chacun et chacune peut déployer ses compétences.
Nous devons veiller à ce que notre mouvement devienne un lieu où la dignité de chaque camarade est respectée, un lieu où les femmes peuvent s’épanouir pleinement, en dehors de toute assignation limitative.
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