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par Pierre B. - MJCF 93Précarité alimentaire : quelle réponse systémique ?
Précarité alimentaire : quelle réponse systémique ?
Dans un contexte de précarité alimentaire croissante, et malgré des gestes d’organisation (collecte et distribution notamment) existant au sein du Mouvement, nous ne disposons pas, ou peu, de revendications nationales répondant au droit à l’alimentation.
Je propose donc de développer l’adresse de notre Mouvement à l’échelle nationale sur et contre la faim dans la 7e puissance économique mondiale.
I. Réalités de la précarité alimentaire (chez les jeunes notamment)
Le sujet de l’accès à l’alimentation a pris une tournure particulièrement prégnante ces dernières années avec, en facteurs principaux, la crise de Covid-19 et une forte inflation.
On retient donc une envolée des prix de l’alimentation depuis fin 2021 et une année 2022 charnière : selon le CREDOC (1), “la part des personnes déclarant ne pas avoir assez à manger [est passée] de 12 % à 16 %, soit + 4 points en cinq mois alors qu’elle n’avait augmenté que de 3 points entre 2016 et 2022”.
Le cynisme de notre temps veut que “l’inflation n’a pas été homogène sur les différents types d’aliments : les premiers prix ont connu une plus forte inflation que les marques nationales”. De fait, les hausses de prix et leurs conséquences ont impacté plus sévèrement les personnes déjà exposées aux difficultés financières.
En mai 2023, toujours selon le CREDOC, 24%, soit près d’un quart des jeunes de moins de 25 ans se déclaraient en insuffisance alimentaire quantitative.
Côté enfance, enfin, un enfant sur 5 ne mange pas trois repas par jour en France, selon l’UNICEF.
À ces éléments sur la stricte quantité d’aliments, s’ajoutent des considérations sur leur variété et leur qualité : l’insuffisance alimentaire qualitative touche 41% des moins de 25 ans.
Précisons que “l’insuffisance alimentaire qualitative (ne pas manger toujours ce qu’on souhaiterait) n’est pas forcément liée à des problèmes financiers, mais aussi de temps, d’organisation, ou de régime alimentaire” (CREDOC toujours)
II. Une question transversale
De manière logique, en tant que besoin vital, l’alimentation et l’accès à l’alimentation sont à la croisée de diverses problématiques.
C’est une question de santé, dans la mesure où une sous-alimentation ou une mauvaise alimentation augmente la vulnérabilité du corps humain. Par ailleurs, la consommation de produits ultra-transformés (peu coûteux en temps, nécessitant peu d’expérience et souvent plus accessibles que les produits frais) constitue un facteur supplémentaire de risque pour la santé.
C’est une question de classe, bien évidemment : l’accès à l’alimentation, et/ou à une alimentation de qualité, repose souvent et avant tout sur un facteur économique. Les facilités à cuisiner soi-même, que ce soit pour des raisons culturelles ou liées à l’équipement, sont elles aussi déterminées par la classe sociale. En conséquence, les observations sur les problèmes de santé mentionnés plus haut touchent plus fortement les couches sociales défavorisées.
Je m’arrête ici pour ce qui est de l’accès à l’alimentation du seul point de vue de la consommation, mais d’autres questions sont à soulever du côté de la production : conditions de travail, environnement, etc.
Les enjeux soulevés par l’alimentation, dans leurs origines autant que dans leurs conséquences, rendent nécessaire une plus grande appropriation de ce sujet par notre Mouvement.
III. Une réponse compliquée
La réponse à une question aussi complexe ne va pas de soi, quand bien même il s’agit d’un besoin vital.
Les dispositifs existants pour lutter contre la précarité alimentaire sont nombreux et variés. Ils vont de l’aide publique aux ménages au recours d’association organisant la solidarité par des distributions.
Parmi ces dispositifs, la Sécurité Sociale de l’Alimentation (SSA) mérite de retenir notre attention : la proposition est de plus en plus employée par les collectivités et acteur.trices de la solidarité. Par ailleurs, plusieurs élu.es communistes ont pu s’en emparer ces dernières années.
Le sigle “Sécurité Sociale de l’Alimentation”, pour agréable qu’il soit à entendre, est à ce jour limité dans sa pratique, pour deux raisons au moins :
– Son expérimentation s’est cantonnée jusqu’à présent à une petite échelle : communale, intercommunale, quelques dizaines de familles… Rien qui propose et surtout applique une réponse systémique à l’échelle nationale.
– Beaucoup se revendiquent de la SSA et font des propositions, mais certaines configurations ne correspondent pas du tout à notre conception de la Sécu. Ainsi, on observe des systèmes consistant parfois à des investissements directs de fonds publics vers le privé, ou à d’autres reposant sur un bénévolat massif…
En revanche, nous pouvons concevoir plusieurs intérêts pour la SSA : elle témoigne d’une ambition de sortir la question de l’alimentation du marché et de la prédation financière, pour en finir avec le fléau de la faim sur notre territoire. Plus généralement, il s’agit de revendiquer la mise en pratique du droit à l’alimentation, aujourd’hui bafoué sur le territoire français.
Enfin, elle suppose que le droit à l’alimentation correspond à la sortie d’une situation de dépendance que tentent de pallier aujourd’hui les dispositifs d’urgence de l’aide alimentaire.
IV. Adopter une position et des revendications
En France, notre héritage historique et politique est riche de propositions sur la question alimentaire : mise en place de cantines scolaires par les élu.es communistes, campagnes d’aide aux plus démuni.e.s, pratiques de solidarités et de fraternité lors de temps de lutte ou des banquets organisés par le PCF…
Des pratiques similaires sont déjà en place dans certaines fédérations du MJCF, avec notamment plusieurs initiatives de distributions alimentaires. Adosser ces gestes de solidarité concrète à une ou plusieurs revendications phares sur l’accès à l’alimentation permettrait de politiser plus facilement le quotidien des populations rencontrées.
L’enjeu est immense, notamment pour toutes les déclinaisons vues plus haut (santé, classe, etc.), et parce qu’il concerne près d’un quart des jeunes. Je vois dans ce congrès du MJCF l’occasion de rectifier ce manque, de s’adresser aux gens directement dans leur chair, en abordant une des problématiques les plus concrètes du quotidien. Et notamment pour les jeunes qui ont le plus intérêt à renverser cette société et à lutter au sein du MJCF, mais auxquels nous ne parvenons que peu à nous adresser jusqu’à présent.
Ce travail me paraît d’autant plus essentiel que le sujet de l’accès à l’alimentation est, malgré son importance, relativement déserté par les organisations politiques de jeunesse, et que le MJCF aurait tout intérêt, et pourrait facilement, s’imposer comme organisation de référence.
Voici donc un ensemble non exhaustif de propositions que je soumets au débat, sans l’avoir moi-même tranché. Bien évidemment, d’autres propositions, plus pertinentes et mieux construites, peuvent et doivent exister et être mises en avant.
– Faut-il revendiquer la mise en place de la SSA pour garantir le droit à l’alimentation, en exigeant une application selon les mêmes principes fondamentaux que la Sécurité sociale : l’Universalité du droit à l’alimentation, la Cotisation sociale à taux unique, et le Conventionnement démocratique ?
– Faut-il développer notre adresse autour de l’enjeu de la restauration « hors domicile » (lieux d’études et de travail notamment) ?
– Peut-on revendiquer la mise en place de prix plafonds sur les denrées alimentaires de première nécessité ?
– Faut-il porter des revendications quant à la marge effectuée par la grande distribution, lésant à la fois la production et la consommation ?
(1) CREDOC : Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de Vie
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