Autre
par Clément R.La laïcité, fondement des libertés individuelles et de la souveraineté populaire.
Dans la République laïque, la croyance religieuse est une croyance comme une autre.
La croyance religieuse est d’abord une croyance, ce qui la place au plus bas de la hiérarchie des idées. L’adhésion à ce qui ne repose sur aucun argument rationnel est libre, l’expression d’une idée qui ne repose sur aucun argument rationnel est libre. Cependant, les républicains, et parmi eux les marxistes, défendent une approche rationaliste et une méthode scientifique pour appréhender le monde. Marxistes car républicains jusqu’au bout, nous considérons qu’une vérité établie par un raisonnement scientifique, vérifiée par l’expérience et la confrontation à la critique des pairs est plus valable qu’une croyance.
Il en découle que dès lors qu’une croyance va à l’encontre d’une vérité scientifiquement établie, la liberté de critiquer la croyance devient un devoir de critiquer la croyance. Enseigner à un enfant que la Terre a un peu plus de 6 000 ans et que les espèces que nous connaissons sont le résultat de l’évolution et de la sélection naturelle, c’est augmenter la liberté de l’enfant. Voir ses croyances bousculées par la science, ce n’est pas un risque, c’est une liberté, pour la société, mais aussi, et surtout, pour le croyant.
Face à la superstition, c’est la critique qui libère, et le relativisme qui asservit. Prétendre faire respecter une fausse croyance, c’est sourire au condamné en même temps qu’au bourreau.
Deuxièmement, la croyance religieuse est une croyance comme les autres. Elle ne crée ni ne supprime aucun droit, qu’il soit attaché au croyant ou à sa religion. Celui qui croit en Dieu n’a pas plus le droit de s’opposer à la critique de son opinion que n’importe qui assénant une opinion, d’autant plus si rien ne la démontre. La critique de la religion, dans tous ses aspects, n’est limitée que par le respect de la dignité humaine intrinsèque du croyant. La loi ne doit imposer que le respect des individus, jamais le respect de leurs idées. Cela implique une liberté qui peut choquer ou vexer le croyant. Ainsi, les livres prétendus saints sont des œuvres culturelles majeures mais ne sont pas plus sacrés aux yeux de la République que l’Odyssée, les prétendus prophètes ne sont pas plus sacrés que les autres personnages historiques.
Il en va de même pour les règles de vie que sont libres de s’imposer à eux-mêmes les croyants. Aux yeux de la République, les pratiques religieuses sont du même ordre que n’importe quelle occupation ou passe-temps personnel. Les interdits religieux relèvent de la morale personnelle. Il en découle que les règles d’organisation communes prévalent sur les considérations religieuses qui ne sont ni plus ni moins fondées que toute autre morale ou activité à exiger quoi que ce soit. Une association cultuelle organisant une procession peut faire la même demande d’occupation de la voie publique qu’un club d’athlétisme organisant un marathon. Un croyant voulant célébrer un office peut faire la même demande de congés qu’un supporter de foot voulant voir son équipe favorite. Chacun est soumis aux mêmes impératifs de respect de l’ordre public et au même risque de ne pas voir sa demande accordée.
Il en découle également qu’aucun dogme ou croyance religieuse ne peut justifier d’échapper à une règle commune. Ce que la loi impose, elle l’impose à tous, c’est la garantie de l’égalité républicaine. Si une loi dont la formulation est universelle entre en contradiction avec une croyance particulière, il s’agit de ne pas inverser l’accusation. Ce qui est condamnable, c’est le dogme spécifique contraire à la loi universelle, et non la loi universelle contraire au dogme spécifique.
Les organisations de croyants doivent répondre aux mêmes exigences que tout groupement ou corps constitué. Elles sont notamment soumises au respect des valeurs de la République, de la liberté d’expression à l’égalité entre les femmes et les hommes.
La croyance religieuse n’est pas au nombre des principes fondamentaux qui seuls peuvent se faire obstacle l’un l’autre et être mis en balance. En République, un conflit entre une liberté fondamentale et un dogme religieux est inenvisageable. Il est du devoir de tout républicain d’en convaincre ses concitoyens.
La laïcité concentre toutes nos libertés individuelles. La liberté de croire ou de ne pas croire, c’est la raison libérée du dogme, le philosophe libéré du théologien, le journaliste libéré du censeur, le législateur libéré de l’exégète, le libre-penseur libéré de l’inquisiteur, l’artiste libéré des académies. La laïcité, c’est tout cela et surtout, la laïcité est l’expression la plus aboutie de la souveraineté populaire.
Aucun livre, aucune table hallucinée dans le désert, aucun clergé, aucun groupement de pensée, aucun fragment du peuple fût-il détenteur prétendu d’une parole divine ne peut imposer d’autre prescrit ou interdit que celui que le peuple entier édicte pour le peuple entier. La laïcité c’est la condition et l’aboutissement de la souveraineté populaire, c’est le peuple entier qui affirme qu’il vivra ensemble sous la même loi écrite par et pour tous ; c’est l’être humain qui se place enfin lui-même comme source et comme fin du droit et de la morale.
Au fond, la République Française laïque a lancé en 1905 un cri qui continue de résonner à travers le monde: il n’est de loi que celle que le peuple se donne !
Vive la laïque !
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