Militantisme
par Valentin Lemaire De Simone - MJCF 75 - UV SudRepenser les Unions de Villes pour s’implanter dans les Jeunesses populaires
Les Unions de Villes (UV) sont un objet dont nous discernons difficilement l’utilité. Il s’agit pourtant du seul échelon nous permettant de cibler des jeunes n’étant pas rattachés à des lieux de militantisme évidents (lycées, universités, Cités U, …) mais aussi de pousser notre développement dans les lycées professionnels et CFA, et plus globalement au sein des jeunesses populaires de France.
I. Devenir une organisation de référence :
Au MJCF, notre conception du militantisme est souvent très mécanique : on regroupe quelques camarades volontaires que l’on envoie differ régulièrement devant un lycée général ou une fac pour « marquer une présence », espérant convaincre quelques jeunes qui formeront leur groupe sur place.
Si cette méthode permet de développer des automatismes, elle est aussi une puissante machine de découragement face à la difficulté d’obtenir des résultats. Pire, si elle nous permet d’aller récupérer un public déjà en voie de politisation, elle nous empêche de toucher des pans entiers de la jeunesse qui a cessé de croire en l’utilité des organisations ou qui n’est pas concentrée dans des lieux précis comme les jeunes travailleuses et travailleurs. À ce titre, les UV sont la clé de notre massification au sein des jeunesses populaires : elles permettent de développer notre organisation au-delà des derniers arpents de la jeunesse pour lesquelles se battent les dernières bureaucraties syndicales et politiques de la social-démocratie.
A. Organiser la jeunesse par des événements de masse :
Organisés au sein des UV, les événements de masse sont la pierre-angulaire d’un redéploiement de notre organisation au sein de la jeunesse : réorganiser des tournois sportifs et des activités culturelles (projections de films, soirées de solidarité, Journée à la mer, Fêtes de l’Avant-Garde, etc.) doit être utilisé pour donner un visage accueillant à notre organisation, mais aussi ouvrir la discussion politique avec un public large. Les diffusions, collages et porte-à-porte permettent alors de visibiliser nos événements attirant des jeunes qui ne viendraient pas à des mobilisations plus classiques du monde militant.
Cette méthode est d’autant plus efficace qu’elle permet de tisser des réseaux au travers des contacts et des adhésions réalisées par la fédération : un contact pourra d’autant plus venir à une de nos actions qu’il s’agit d’un événement convivial où il n’aurait aucun problème à venir avec ses ami.es. Dans ces conditions, les activités de masses permettent d’élargir notre nombre de contacts et particulièrement vis-à-vis de pans de la jeunesse qui peuvent avoir plus de mal à venir seuls aux actions d’une organisation politique.
Loin du modèle dépolitisé porté par les organisations corporatistes qui se multiplient, ces événements de masses ne doivent pas sacrifier leur portée politique : à nous d’adapter le format à la discussion, de ponctuer chaque action d’un discours et de mots d’ordre, et de profiter de la venue du public pour faire signer des pétitions, distribuer des Avant-Garde, proposer l’adhésion et pourquoi pas des collectes en faveurs de caisses de grèves ou actions d’organisations proches. Abattons la frontière artificielle tracée entre « Politique » et le quotidien d’une jeunesse qui a déjà en elle l’avenir du mouvement ouvrier.
B. Apporter une aide concrète et devenir une organisation de référence :
L’autre panel d’actions envisageable s’inscrit dans des actions dites « de solidarité » : révisions solidaires, distributions alimentaires, permanences pour organiser des ateliers ParcourSup, des bureaux d’embauches, ou même de l’aide aux démarches administratives… Autant de moments où un jeune aurait intérêt à franchir notre porte et discuter avec des camarades. À ce titre, le local devient un pilier central dans le renforcement de l’Union de villes : souvent prêté par le PCF, il doit être organisé de sorte à devenir accueillant pour les jeunes amenés à y entrer, être un lieu où de discussions, d’événements culturels et politiques récurrents, et d’aide concrète.
Les jeunes du territoire d’une union de ville doivent s’habituer à l’existence d’un lieu où ils trouveront de l’aide, pourront venir voir un film, ou même réviser leurs cours lors de permanences. Cette stratégie permet d’intégrer notre organisation dans le quotidien. Tant au travers de sa visibilité, ses événements de masse et son aide concrète, l’Union de Ville permet ainsi au MJCF d’avoir un sens : celui d’encadrer les jeunesses populaires, d’accompagner sa politisation et de l’organiser afin de devenir son outil.
II. l’Union de Ville comme outil d’intégration des camarades :
Le renforcement de notre organisation passe également par une réflexion sur notre fonctionnement et notre structure : aujourd’hui bon nombre de fédérations, UV et UEC peinent à mobiliser réellement les camarades : combien de fois devons-nous connaître la dure réalité d’un groupe d’une dizaine de personnes reposant uniquement sur l’acharnement d’un cadre de bonne volonté ? Combien d’histoire de fédérations entières s’effondrant suite à un départ devrons-nous encore entendre ? Un développement de l’Union de ville nécessite également de repenser la façon dont nous organisons notre militantisme au quotidien. Parmi les chantiers pour permettre la construction d’UV durables, ceux de la délégation de tâches et de la construction de cellules doivent donc être au cœur de nos priorités.
A. À chaque camarade une tâche :
Si la tentation de l’hypercentralisation des activités autour de quelques cadres est certes attractive à court terme – elle est une garantie de cohérence politique et d’actions concrètes rapidement organisables – elle est également à l’origine de failles pouvant facilement mettre à terre une fédération entière : on fait reposer l’activité sur la bonne volonté de quelques-uns, on habitue les camarades à attendre passivement les consignes de cadres et l’on se contente de faire ce que la direction de l’échelon sait faire au mieux sans se soucier de militants qui disparaissent et ceux qu’on a jamais formé à reprendre la main.
Mettre en dynamique les camarades d’une UV ne peut se résumer à trouver quelques camarades de bonne volonté et s’appuyer sur eux dans la réalisation d’actions hebdomadaires. Il y a un intérêt à trouver pour chacun de nos camarades une place dans l’organisation, de les responsabiliser et de s’appuyer sur leurs compétences spécifiques pour mettre en place des événements et des actions originales.
B. La cellule : vers une nouvelle étape de structuration pour le MJCF :
Dans le développement de nos fédérations, on se heurte rapidement à un obstacle : la territorialité des militantes et militants. Tout échelon se retrouve à un moment dans une situation où le gros des camarades actifs se retrouvent en réalité au cœur d’un unique lieu de militantisme (un lycée, une fac, un quartier, une ville, une résidence CROUS, etc.). Ce phénomène rend difficile l’expansion géographique de nos UV : on a tendance à organiser le gros de nos actions militantes là où est concentré la plupart des adhérents, on y fait donc des adhésions renforçant le phénomène. Pire, les quelques camarades recrutés par le hasard des choses dans des lieux plus éloignés se retrouvent facilement isolés et délaissés et ont tendance à partir dans le flux des adhésions perdues…
À l’image de l’hypercentralisation autour de camarades, l’hypercentralisation autour d’un lieu de militantisme pose les mêmes problèmes : la fédération se voit dépendante d’un seul lieu pour le bon déroulé de son activité, au point qu’un bouleversement extérieur peut durement impacter son fonctionnement.
Face à cette difficulté, l’heure est au développement d’un nouvel échelon : la Cellule. Si nous pouvons déjà considérer les groupes lycéens et cercles comme un échelon analogue à la cellule, il nous faut aller plus loin. En poussant à la constitution de cellules dans nos UV, nous renforçons tant les activités hebdomadaires que le nombre de camarades impliqués.
À la différence des autres échelons la cellule n’a besoin que d’une poignée de camarades pour fonctionner. Elle se concentre sur des actions du quotidien, vient porter les événements de masse de l’UV et organise des réunions complétant les AG. Nous devons considérer chaque regroupement de camarades comme une cellule en devenir, et chaque cellule ayant atteint une taille critique comme amenée à être divisée ou transformée en UV.
Enfin, la formation de cadres au travers de responsables de cellules vient tant palier au problème de la centralisation que d’initier une politique de cadres facilitant les successions au sein des bureaux d’UV et la longévité de nos échelons au travers du temps : à peine un camarade dans un bureau part qu’il peut s’appuyer sur des camarades ayant déjà eu une expérience de cadre local.
Conclusion : des chantiers au service d’une bataille pour l’avenir :
S’il est facile de balayer le besoin de repenser le fonctionnement des UV, nous devons regarder en face un problème : l’absence d’échelons plus locaux limite notre développement. La plupart de nos échelons sont fragilisées par notre difficulté à dépasser des automatismes qui ont fait leurs preuves mais montrant désormais leurs limites.
La bataille dans laquelle se lance le MJCF sur les lycées professionnels relève de l’ordre existentiel.
Mettons notre parole en actes : devenons une organisation de masse authentiquement communiste, c’est-à-dire être l’outil des jeunesses populaires faisant de notre projet de société socialiste une proposition audible. Cet objectif ambitieux nécessite de sérieux chantiers organisationnels, et cela alors que nous assistons à une liquidation des couches moyennes. Pour refaire du MJCF une organisation de masse populaire n’ayons pas peur de sortir de notre zone de confort, partons là où les machines à cadres et les groupuscules ne veulent plus aller : faisons de nos UV un outil des premières années de formation à l’entrée dans le monde du travail !
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