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par Cora Bouchée - MJCF 94

Pour une position ferme contre la GPA

Ces dernières années ont vu l’entrée de la gestation par autrui (GPA) dans le débat public par son inscription dans les programmes de candidats néo-libéraux tels que Yannick Jadot ou Raphaël Glucksmann. La prolifération de discours en faveur de la légalisation de la GPA, sur les plateaux télé et sur les réseaux sociaux, ne rencontrent rarement l’opposition de la gauche et attirent notre attention sur un problème structurel majeur : l’absence de formation théorique des militants sur la question. Or, l’industrie de la gestation par autrui repose sur l’exploitation sexuelle des femmes à des fins reproductives et il est nécessaire que le MJCF s’empare de ce sujet pour pouvoir lutter efficacement contre la marchandisation du corps des femmes.

I. Contre la marchandisation du corps des femmes

1. Une industrie qui renforce les inégalités

Les études les plus récentes révèlent les inégalités sexuelles, économiques et raciales sur lesquelles reposent l’industrie de la gestation par autrui. Les couples hétérosexuels et homosexuels qui ont recours à la GPA appartiennent principalement aux classes supérieures. À l’inverse, c’est la pauvreté qui pousse les femmes à devenir mère porteuse. La guerre en Ukraine, le système de castes en Inde, la misère sociale aux États-Unis, ont tous été liés à l’afflux des femmes sur le marché de la GPA.

La GPA reproduit et aggrave les inégalités entre pays du nord et pays du sud. Les destinations les plus populaires pour les couples occidentaux à la recherche d’une mère porteuse sont l’Ukraine, le Mexique, la Colombie, les Philippines et l’Inde. La GPA prend ici la forme d’un tourisme sexuel qui renforce des logiques impérialistes et néo-coloniales : la moitié des enfants nés de mères porteuses en Inde en 2012 était destinée à être adoptée par des couples blancs et occidentaux et en Ukraine, en 2020, la majorité des clients des cliniques de GPA étaient des couples venus des pays occidentaux.

Enfin, l’industrie de la GPA repose sur des réseaux de traite humains dont les premières victimes sont, encore une fois, les femmes pauvres venues des pays non-occidentaux. En Europe de l’Ouest, des femmes indiennes, mexicaines et est-européennes sont transportées dans des cliniques pour donner naissance à des bébés qui sont ensuite confiés à des familles riches, blanches et occidentales. La question du trafic sexuel touche autant la GPA commerciale que la GPA dite « altruiste », qui concerne les femmes qui choisiraient de porter un enfant pour un couple sans compensation financière. L’année dernière en Crète, la police grecque a ainsi démantelé un réseau de traite humain qui exploitait les femmes dans des cliniques de « GPA altruiste ». Les victimes de ce réseau étaient principalement des femmes roms de Bulgarie et de Roumanie.

2. Une industrie néolibérale

La GPA n’est pas une simple affaire de choix personnel : c’est une industrie très lucrative estimée à hauteur de 12,8 milliards de dollars en 2022 et dirigée par des entreprises et des cliniques privées qui réduisent les enfants à des marchandises destinées à être échangés et qui transforment le corps des femmes en objets destinés à la location.

La GPA dépossède les femmes de leur autonomie corporelle par l’introduction de contrats qui leur imposent des examens médicaux intrusifs et fréquents et qui réglementent, sur neuf mois, leur régime alimentaire et leur comportement sexuel. Ces contrats autorisent le couple à ordonner l’avortement du fœtus, mais interdisent à la mère porteuse d’avorter si elle le souhaite. Enfin, ces contrats ne prennent pas en compte les risques physiques et psychologiques qu’une grossesse peut avoir sur le corps des femmes : fatigue, diabète gestationnel, pré-éclampsie, risques de fausse couche et de complications lors de la grossesse et de l’accouchement, stérilité, psychose et dépression post-partum.

La prise en charge des mères porteuses dans les cliniques est elle-même vectrice de violence. Aux États-Unis, les mères porteuses ne gagnent qu’1,50$/h, et en Inde, elles gagnent deux fois moins. Le processus d’insémination artificielle est également très contraignant et intrusif. Pour optimiser les chances de conception, les mères porteuses reçoivent deux à trois injections d’hormones par jour sur une durée de trois à quatre mois. Les mères porteuses ne reçoivent aucune compensation financière en cas de fausses couches et, à la naissance de l’enfant, celui-ci leur est tout de suite enlevé pour être confié au couple-client. Dans la plupart des cas, elles n’ont pas le droit d’entrer en contact avec l’enfant, de le voir ou de le rencontrer, sous peine de poursuite judiciaire.

II. Pour une position abolitionniste

Au vu de ces différents éléments, il apparaît comme impératif que le MJCF s’oppose à toute position favorable à la gestation par autrui. En particulier, il nous faut rejeter les discours néo-libéraux qui prétendent que la GPA constituerait une avancée pour les droits LGBT. En réalité, la GPA nous rappelle que la suprématie masculine ne connaît pas d’orientation sexuelle.
Un contrat qui commercialise la grossesse et la maternité ne fait que transformer le corps des femmes en objet de marchandise. Le MJCF doit affirmer une position abolitionniste et combative face à la GPA. Nous devons former nos militants à la question de la gestation par autrui si nous voulons lutter efficacement contre la marchandisation du corps des femmes, contre les inégalités sexuelles, économiques et raciales, pour une société égalitaire et émancipatrice pour toutes et tous.

Sources :
Kajsa Ekis Ekman, Being and Being Bought
Silvia Federici, Beyond the Periphery of the Skin

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