Rôle du MJCF
par Antoine Hamria - MJCF 75Construire une organisation antifasciste
En juillet dernier, un sursaut citoyen nous a sauvé de justesse de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite. Ce sursaut, on le sait n’est que provisoire. Beaucoup de seconds tours se sont joués à très peu de voix et le RN s’ancre toujours plus sur le territoire.
Face à cette progression, la gauche peine à analyser les causes de la montée du vote pour l’extrême droite et par conséquent peine à le faire reculer. Les causes de la montée du RN sont évidemment nombreuses, mais nous pouvons en identifier quelques-unes utiles pour notre organisation et réfléchir à la réponse que notre mouvement peut apporter.
I) Des causes multiples à la progression du RN.
1 ) Un parti structuré qui a su s’élargir avec les crises.
À la libération, l’extrême droite est discréditée. Ce sont les guerres coloniales et l’opposition au mouvement de mai 68 qui lui ont permis de réémerger. Sa renaissance se fait d’abord en ordre dispersé, autour d’officiers factieux, de groupes terroristes comme l’OAS ou de groupuscules comme Occident ou Ordre Nouveau.
La création du FN en 1972 permet de rassembler les différentes familles d’extrême droite sous une même bannière. Le parti dont la structuration est assez proche de la nôtre, va très vite s’affirmer au sein du public traditionnel des forces de la réaction (catholiques pratiquants, petits patrons, industriels). Mais les crises économiques que notre pays va traverser des chocs pétroliers jusqu’à la crise de 2008 cumulées aux trahisons de la social-démocratie vont permettre au RN d’élargir considérablement son électorat.
La casse industrielle, le chômage de masse et la dégradation de la qualité des services publics alimente en effet l’isolement des travailleurs et facilite le repli sur soi. Les trahisons du PS, du tournant de la rigueur de Mitterrand à la Loi Travail de Hollande en passant par les privatisations massives de Jospin et l’échec des syndicats à les empêcher, ont fait perdre confiance aux travailleurs dans les partis politiques. Ces trahisons alimentent l’idée que l’ensemble des hommes politiques sont tous des opportunistes ou que les concepts de droite et de gauche ne veulent plus rien dire. Bref, elles brouillent un peu plus les repères de travailleurs déjà malmenés par la crise du capitalisme et elles permettent à tous les discours démagogiques de prospérer.
Il n’est donc pas surprenant de voir le RN percer massivement dans la classe ouvrière aujourd’hui.
2) Une bourgeoisie qui a aujourd’hui besoin du RN.
Si les crises et les trahisons de la social-démocratie ont permis de faire du RN une force politique centrale, c’est le retournement de la bourgeoisie qui fait que l’hypothèse de l’arrivée de Marine Le Pen à L’Élysée en 2027 est de plus en plus crédible.
En 2017, quand les deux partis structurants du pays s’effondrent du fait de leurs politiques antipopulaires, la bourgeoisie mise massivement sur Macron. Des oligarques comme Bernard Arnaud, Xavier Niel ou Arnaud Lagardère appuient alors l’ancien ministre de l’Économie. Ce soutient est visible par le traitement médiatique de la campagne du candidat En Marche. Macron est alors présenté comme un outsider progressiste et en dehors des partis politiques.
Cependant, le mandat d’Emmanuel Macron fut marqué par le déclin de l’impérialisme français (Mali, Burkina Faso, révolte en outre-mer) sur fond de déclin de l’impérialisme occidental et par les crises politiques internes (Gilets jaunes, réforme des retraites, émeutes suivant la mort de Nahel).
Face à ces crises, des franges de plus en plus importantes de la bourgeoisie aspirent à présent à l’arrivée au pouvoir des forces néofascistes. D’abord pour briser la contestation populaire en France et ensuite pour réaffirmer la place de l’impérialisme français et occidental dans le monde. Quant aux franges de la bourgeoisie qui continuent de soutenir Macron, le RN est à présent envisagé comme une alternative acceptable. Ce tournant est visible par le rachat par Vincent Bolloré de plusieurs médias de masses, par les polémiques à répétition sur le wokisme, par la diabolisation des partis de gauches, ou par le soutien inconditionnel à l’impérialisme occidental de plus en plus affirmé.
Nous sommes donc face à une force politique structurée qui a su unifier sa base historique et élargir son électorat et à qui la bourgeoisie a décidé d’ouvrir les portes du pouvoir. Face à cela, nous devons construire une réponse sur le temps long.
II) Construire une organisation capable de faire reculer le RN.
1) Construire une organisation dans un cadre hostile.
Le fascisme n’arrive pas souvent du jour au lendemain, il est souvent le fruit d’un processus d’autoritarisme croissant. C’est ce que nous vivons aujourd’hui par la banalisation de la répression policière ou la multiplication de mesures liberticides. À Paris, les militants de notre fédération voient concrètement la progression de l’autoritarisme. Le manque de panneaux légaux nous pousse à transgresser la loi lors de nos collages, la police jusque-là tolérante, en joue aujourd’hui pour multiplier les tentatives d’intimidations lorsque nous collons des affiches. Ciblant particulièrement les affiches sur la Palestine. Les gardiens de Cité U tentent de nous empêcher de réaliser des portes à portes. Certains directeurs de lycées tentent de nous empêcher de plus en plus souvent de distribuer des tracts aux lycéens et le militantisme au sein des universités se heurte lui aussi à l’hostilité croissante des vigiles. Enfin, la montée de groupuscules fascistes sur fond de progression du vote RN peut nous poser des difficultés lors de nos évènements de masse.
Face à cela, nous devons former nos camardes à leurs droits. Les camarades qui étudient le droit pourraient rédiger des fiches techniques pour aider nos camarades à ne pas se démonter lors d’un contrôle de police ou d’une tentative d’intimidation par un directeur de lycée. Ensuite, nous devons multiplier et développer nos formations à l’Accueil et Sécurité. L’ensemble de nos militants ou presque doivent être formés par leurs fédérations sur cette question, afin que nous puissions toutes et tous être capable de réagir face aux provocations lors de manifestations ou d’évènements de masse.
2) Sortir de l’entre-soi.
Dans un contexte de fascisation, connaitre nos droits et nous former à l’AS est primordial pour arriver à exister, mais ce n’est pas suffisant pour faire reculer les idées du RN. On le sait, la gauche perd pied dans les couches populaires. Aux dernières législatives, le RN a obtenu le suffrage de 57% des ouvriers. Cette situation ne peut pas nous satisfaire et nous aurions tort de croire les quartiers populaires des métropoles épargnées par le phénomène. À Paris, le parti d’extrême droite a doublé son score (passant de 7 à 14%) dans plusieurs circonscriptions populaires. Si nous ne parvenons pas à nous ancrer réellement dans ces quartiers, nous serons balayées ici aussi dans quelques années.
La campagne sur les lycées professionnels va dans le bon sens. Mais notre démarche est parfois un peu trop syndicale. En menant différentes distributions devant les lycées pro, nous nous sommes rendu compte que les thématiques sur les transports ou la Palestine pouvaient être très porteuses auprès des lycéens professionnels. Nos fédérations ne doivent pas hésiter à être flexibles dans leur adresse en fonction de leur contexte local.
Mais plus largement, nous devons être en mesure de cibler des quartiers populaires stratégiques (nous ne pourrons pas être partout) et nous y ancrer par des activités culturelles régulières (ciné-débats, tournois sportifs, mais aussi soirée de solidarité et conférences).
Le geste de la distribution alimentaire en cité U mérite aussi d’être développé. Lorsque nous le mettons en place, nous rencontrons une sympathie générale et nous touchons les franges les plus populaires du monde étudiant.
Bref, c’est par une présence régulière dans certains quartiers que ce soit devant les lieux d’études ou dans les lieux de loisirs fréquentés par les jeunes que nous ferons bouger notre sociologie interne et que nous construirons un maillage politique capable de résister à la vague RN qui arrive dans le pays.
En parallèle de notre action sur le terrain, nous devons renforcer notre présence en ligne. Des progrès considérables ont été faits sur notre contenu vidéo et nos visuels. Mais nous peinons à produire du contenu plus long qui seraient en mesure d’imprimer auprès d’une jeunesse qui se politise largement en ligne. Une chaine Avant Garde, Youtube et Twitch pourrait nous permettre de développer posément et longuement nos idées et notre analyse de l’actualité. Le succès de chaines politiques proposant du contenu long de droite comme de gauche) nous prouve qu’il y a un public lassé de la presse mainstream en attente d’autre chose. Saisissons-nous-en.
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