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par Aurélien Millet - MJCF69

La critique-autocritique, moyen de réflexivité sur nos pratiques militantes

Introduction

Partons d’abord d’un constat, largement partagé : nous, militant-es du MJCF, et particulièrement les cadres, manquons de réflexivité sur nos pratiques. Nous discutons, certes, en réunion de bureau, de la réussite ou de l’échec d’une action, ou en AG de l’efficacité de telle méthode de distribution de tracts, etc … Mais ces discussions ont lieu au milieu d’autres, souvent plus urgentes, ayant trait à l’organisation future, et l’organisation passée fait rarement l’objet de discussions poussées : « Ce qui est fait est fait, il faut avancer camarades, car nous manquons de temps » dira à juste titre un-e cadre dans ces moments. Autrement dit, nous en discutons partout et donc nulle part. Autrement dit encore : nous manquons d’un outil dédié spécifiquement à la réflexivité.
En effet, nous pouvons partir du principe que nul-le cadre ne prendra de lui/elle-même le temps et l’énergie de faire la critique constructive de ses propres pratiques de cadre, à travers les actions organisées, etc, et que nulle coordination n’organisera spontanément de temps dédiés à une telle réflexivité partagée : de fait, cela n’a que rarement lieu, et encore plus rarement en sont issues des choses concrètes. Or, si le constat d’une nécessité d’une réflexivité sur nos pratiques est largement partagée, c’est pour de bonnes raisons : comment ne pas répéter sans fin nos erreurs, comment tirer les bonnes leçons de nos réussites comme de nos échecs, comment enfin partager nos conceptions, nos avis, en un mot nos critiques entre camarades, sans qu’elles soient éclipsées par des ordres du jour importants ? En y dédiant un outil approprié ; la critique-autocritique.

A. L’organisation pratique de la critique-autocritique au sein du MJCF

Comment s’incarnerait cette pratique dans le cadre de l’organisation de notre mouvement ? Elle aurait lieu en deux temps ; le premier personnel, le second collectif. Ainsi, chaque semestre par exemple, et en particulier avant chaque temps démocratique national, chaque cadre d’une coordination fédérale prépareraient un petit texte d’auto-critique, détaillant ses réflexions personnelles sur ses réussites et échecs en tant que responsable, et les causes qu’il/elle leurs donne ; personnelles (insuffisance de formation, absence de motivation, erreurs organisationnelles, etc) comme contextuelles (indisponibilité des camarades, manque de ressources pour la création de matériel militant, etc). La mise par écrit est primordiale, car c’est par écrit que l’on structure au mieux sa pensée.
Ces textes seraient ensuite discutés au sein de la coordination d’abord, mais également des commissions (autocritique du/de la responsable à la formation au sein de la commission formation, etc). Cette mise en commun, s’appuyant sur les autocritiques personnelles, serait l’instance d’une critique mutuelle constructive car ayant lieu en un temps dédié, et devant conduire à la rédaction d’un compte-rendu disponible à l’ensemble des adhérent-es, invité-es à le lire. L’AG faisant suite à ce temps devrait comprendre un point y étant dédié, où les cadres en feraient un compte rendu résumé et où les adhérent-es seraient invité-es à donner leurs points de vue et leurs critiques.
Nous considérons que seul-es les cadres devraient s’astreindre à ce processus d’autocritique, car par la définition que nous en donnons au MJCF, ce sont elles/eux qui sont responsables de l’organisation ; nous considérons donc que toute problématique organisationnelle relève, d’une façon ou d’une autre, de la responsabilité des cadres. Les cadres sont en effet les responsables de l’application des décisions prises démocratiquement par le mouvement.
Nous considérons également que dans une perspective de renforcement du système de suivi, les dit-es suivi-es devraient prendre part à ce processus de critique-autocritique, en étant présent-e dans leurs fédérations de suivi lors de ces temps, pour apporter conseils, critiques et reculs. Dans une perspective d’implémentation de cette pratique au sein du MJCF, ce devrait être à elles/eux d’impulser ces temps dans les fédérations. Les dit-es suivi-es, comme tous-tes les membres du CN et de la coordination nationale, devraient tout autant appliquer ce fonctionnement, d’une manière appropriée aux contraintes de ces instances.

B. La plus-value de la pratique de la critique-autocritique au sein d’une organisation communiste

Si nous appelons de nos vœux l’implémentation systématique de cette pratique au sein de notre mouvement, c’est que nous considérons que la condition d’une réelle et concrète réflexivité sur nos pratiques militantes est la mise en place d’une pratique dédiée.
L’objectif serait ainsi que, plus qu’un outil parmi tant d’autres, la critique-autocritique devienne, à travers les gestes concrets exposés plus haut, une véritable pratique qui s’institue dans celle de la pratique et de la posture de cadre. Autrement dit, la condition de son efficacité est qu’elle devienne une seconde nature, un instinct pour les cadres de notre mouvement comme pour le reste des adhérent-es.
Car appliquer ces gestes d’une manière systématique irait avec des conséquences plus larges ; les cadres exerceraient leurs responsabilités avec d’autant plus d’attention et de réflexions qu’ils/elles s’attendraient à en rendre compte, devant elles/eux-mêmes comme devant leurs camarades, lors de temps dédiés. De la même manière, les adhérent-es sans responsabilités seraient d’autant plus attentif-ves aux pratiques déployées par leurs cadres qu’ils/elles seraient habitué-es à ce que l’on sollicité leur avis et leurs critiques régulièrement, lors de ces temps dédiés.
C’est ainsi la cohésion entière de l’organisation que l’institution exigeante de cette pratique permettrait de renforcer. Le schéma organisationnel de « pyramide inversée » prendrait également d’autant plus son sens.

Conclusion

Si la critique-autocritique souffre de connotations négatives dues à l’utilisation qui en a pu être faite par le passé, dans nos organisations comme dans d’autres, nous ne devons cependant pas la rejeter en bloc. Nous devons, en tant que communiste, en examiner rigoureusement les aspects positifs et négatifs, comme les dérive possibles. Nous considérons dans cette contribution qu’il s’agit d’un outil précieux du mouvement communiste que nous avons eu tort de complètement abandonner, et qu’une rééxamination s’impose tant le manque de réflexivité sur nos pratiques pose un problème. Nous espérons que cette contribution résonnera avec les préoccupations de nos camarades et pourra nourrir les réflexions du processus démocratique de notre 44ème Congrès.

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