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par Aurélien Millet - MJCF69

Pour un réel centralisme démocratique de l’organisation

Introduction

Un pas en avant, deux pas en arrière, telle a parfois pu être la dynamique de notre organisation ces dernières décennies. Un constat s’impose : notre organisation souffre d’une désharmonisation flagrante, au sens où nos pratiques militantes, notre culture organisationnelle, voir même nos conceptions politiques (à travers, par exemple, les formations dispensées) ne sont pas pleinement partagées en fonction des fédérations.
Cette désharmonisation dépasse la simple, naturelle et souhaitable diversité d’une organisation communiste nationale, dépendant des différents contextes et des histoires des fédérations et des camarades les composant, et à même d’enrichir le mouvement à travers notre démocratie interne. Elle peut s’observer à travers le manque de lien, perçu comme objectif, de beaucoup d’adhérent-es avec « le national », entendu comme notre coordination nationale ainsi que parfois notre conseil national, la première étant cependant l’objet de beaucoup plus de fantasmes que le second. Ainsi, un fossé est perçu entre l’échelon fédéral et national, et on constate une absence de sentiment de représentation du premier envers le second. Nous considérons ici que ce sentiment ne doit pas être considéré comme la simple fatalité d’une organisation d’une taille aussi considérable que la nôtre, mais comme le symptôme d’un dysfonctionnement structurel de celle-ci.
Car s’il existe un sentiment subjectif de fossé « local-national », le fossé réel relève plutôt du « local-local » : comme nous le disions, c’est d’une fédération à l’autre que l’organisation diffère. Les exemples les plus saillants et conjoncturels, comme le sens, l’objectif et les pratiques très diverses et contradictoires données à l’UEC en fonction des secteurs, ne doivent pas invisibiliser d’autres aspects plus discrets de cette désharmonisation nationale. Nous pensons ici particulièrement au rôle, à la posture et au sens qui est donné au/à la cadre, chose qui entre toute doit être strictement performée de la même manière quelle que soit la fédération, et qui fait pourtant l’objet de variations considérables. Ce dernier enjeu est à relier à la question de la formation, ponctuelle comme continue.
Autrement dit, peut-on dire que l’on adhère et milite dans la même organisation selon notre fédération ? Les divergences mentionnées ci-dessus permettent que l’on se pose la question. Or, l’ambition révolutionnaire que nous donnons à notre organisation ne peut s’accommoder des problèmes causés par cette désharmonisation. Notre perspective organisationnelle n’est en effet pas fédéraliste, mais centraliste et démocratique. Et comment apprendre de nos erreurs, améliorer constamment notre pratique et mettre à jour nos mots d’ordre et analyses dans une organisation morcelée, pouvant créer désinvestissement et découragement chez nos camarades ?
Voilà la problématique à laquelle cette contribution tâche de répondre, par des propositions organisationnelles.

A. La question du suivi

Il est évident que la question du suivi touche à des problématiques matérielles tant humaines que financières. La demande d’un suivi plus important au MJCF se voit systématiquement répondre, et à juste titre ; par quel-le camarade du CN ? Avec quel argent leur paierons-nous les billets de train ? Avec quel temps, ces camarades étant déjà étudiant-es, salarié-es, ou les deux ? Nous considérons cependant ici que si des organisations syndicales étudiantes telles la FSE, SESL ou l’UNEF sont capables – ou ont été capables – de mettre en place un système de suivi exigeant et efficace, une organisation comme la nôtre le peut également, et mieux encore. Un suivi qualitatif pour chaque fédération doit être l’un des objectifs les plus importants du mouvement, et des ressources doivent y être dédiées en conséquences.
Si les suivi-es, membres du CN, ne doivent bien sûr pas être intégré-es à leur fédération de suivi de la même manière que les adhérent-es de celle-ci, sa place doit néanmoins y être névralgique. Il/elle doit pouvoir s’y rendre en présentiel une fois par mois, et être disponible auprès de son/sa coordinateur-rice fédéral et de son/sa secrétaire à l’organisation, voir aux autres membres de la coordination fédérale, chaque semaine, avec des appels téléphoniques hebdomadaires.
Car le rôle d’un-e suivi-e dans une organisation communiste est central : il/elle doit fournir conseils, critiques et recul à la fédération dont il/elle a la charge, ce qui implique d’en connaître tout le contexte et d’en suivre l’évolution. Le/la suivi ne doit pas se contenter d’un rôle passif, attendant qu’on le/la sollicite, mais actif, en faisant des propositions d’autant plus avisées qu’il/elle connaît la fédération et ses adhérent-es. C’est également pourquoi le rôle de suivi doit être donné en priorité à d’ancien-nes coordinateur-rices fédéral ou secrétaires à l’organisation.
Le/la suivi-e est également, de fait, le visage « du national » pour beaucoup d’adhérent-es de la fédération : son rôle symbolique de « sur-cadre » et de représentant-e de l’échelon national est donc aussi central, et joue et doit jouer dans la vie de la fédération. Cela implique une posture particulière que l’on pourrait qualifier de « neutralité bienveillante » – pour reprendre un terme issu de la psychologie – car si le/la suivie-e a bien sûr ses propres opinions, son rôle en tant que tel-le n’est pas de prendre position dans les débats politiques internes à l’organisation, voir les éventuels conflits internes à la fédération, mais d’être disponible et à l’écoute des camarades et de fournir des conseils, le cas échéant. Il est ainsi impensable que des camarades ayant adhéré il y a plusieurs mois n’aient jamais rencontré-es le/la suivi-e de leur fédération.
Ce n’est qu’avec un système de suivi qualitatif comme détaillé ici que notre organisation pourra répondre au problème de désharmonisation que nous posons. Force est de constater que nous en sommes aujourd’hui encore très loin ; à nous de prendre la juste mesure du problème et d’y dédier des moyens en conséquences. Cela passe par remonter cette question beaucoup plus haut dans la liste de nos priorités, et d’être particulièrement attentif aux profils de camarades ayant de l’expérience et pouvant être pertinent-es pour ce rôle, mais n’osant parfois pas se proposer. Cet enjeu est à relier à celui, plus large, de sous-candidatures au CN, particulièrement chez nos camarades femmes.

B. La question de la formation

On constate depuis le dernier congrès une évolution positive et plus que bienvenue dans la formation : le registre de celles disponibles sur le cloud national, auparavant quasi-inexistant, s’étoffe, et des efforts ont été fait dans l’organisation des formations décentralisées, pour répondre aux besoins et aux demandes des fédérations. Ces efforts vont dans le bon sens et doivent s’intensifier.
Il est normal et souhaitable que le processus de création des formations ne se produise pas qu’à l’échelon national, par les cadres nationaux, et le contraire serait le signe d’une sclérotisation de l’organisation. Mais force est de constater que parfois, l’absence ou l’insuffisance de matériel national a conduit les fédérations à une autonomie complète dans la production et la dispense des formations. Cela peut conduire à ce que le matériel produit ne corresponde pas à la ligne du mouvement. Un effort doit donc être fait pour que les formations produites nationalement soient disponibles au niveau fédéral, en prévenant le/la responsable à la formation s’il y’en a. Ceci non pas pour qu’elles soient dispensées telles quelles, car le processus de production de formation est formateur et que les contextes locaux appellent des modifications nécessaires, mais pour qu’elles puissent servir d’exemples et de supports dans ce processus.
Dans une organisation communiste comme la nôtre, la formation est centrale. Bon nombre de camarades adhèrent précisément en attendant d’être formé-es, et force est de constater que ces attentes sont trop souvent déçues. Pourtant, le centralisme démocratique nécessite que l’ensemble des adhérent-es soient formé-es sur la ligne démocratiquement décidée de l’organisation et la fasse leur, y compris pour pouvoir en critiquer les aspects qu’ils/elles jugent critiquables dans le processus démocratique. Sans formation, pas de militantisme efficace, mais pas de démocratie exigeante non plus.

C. La question des temps démocratiques nationaux

La question du centralisme démocratique appelle celle des temps démocratiques. Il nous semble y avoir peu de choses à dire sur la question au MJCF, car l’organisation théorique de ceux-ci correspond à l’ambition que nous en avons, mais la pratique manque parfois d’efficacité.
À l’échelon fédéral, on ne dédit pas toujours suffisamment de temps à la préparation et à la tenue des conférences fédérales, et une attention particulière devrait y être portée. L’ensemble des adhérent-es doivent être sollicité-es, sans devoir d’elles/eux-mêmes prendre part au processus individuellement. On doit par exemple systématiquement proposer aux camarades de les aider à rédiger leurs amendements.
À l’échelon national, il doit être noté qu’une minute de débat est plus importante qu’une heure passée à réaliser une action nationale. Le manque de temps se faisant déjà suffisamment sentir, tout le temps d’une ANA, d’un Congrès ou d’une conférence nationale de l’UEC doit être dédié à la démocratie.

Conclusion

Le centralisme démocratique, dont le mot d’ordre est « liberté totale dans la discussion, unité totale dans l’action », ne se décrète pas : il s’organise. Cette contribution apporte un constat des dysfonctionnement relatifs à ce principe d’organisation, et des propositions y répondant. Nous espérons qu’elle résonnera avec les préoccupations des camarades, et pourra nourrir le processus démocratique de notre 44ème Congrès.

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