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par Matthieu Dubouch

La guerre de l’eau n’aura pas lieu : pour une meilleure redistribution de l’eau

« L’eau est précieuse, merci de ne pas la gaspiller ». Comment une simple phrase lue dans une cantine pendant un lavage de main et par beaucoup d’autres à un moment et dans des lieux différents pouvaient nous prédire d’une des pires crises environnementales sans précédent sur une ressource tant disputée par des États et des populations ?
L’eau est précieuse. Pourtant, le capitalisme redistribue tellement bien que ce sont aux environs de huit millions d’individus qui meurent chaque année de déshydratation à cause d’un mauvais accès à l’eau.
Nous sommes avertis depuis de nombreuses années voire de nombreuses décennies sur l’impact du capitalisme sur la gestion de l’eau.
Au Mexique, l’entreprise Coca-Cola épuise les nappes phréatiques en ne cessant de pomper et assoiffant les populations locales. Si nous pensions pendant des années que la crise de l’eau ne toucherait que les pays en voie de développement, nous nous sommes bien trompés.
La question de l’eau revient lorsque l’été arrive. Quoi de mieux pour survivre à la canicule que de s’hydrater. Mais à quel prix ?

I. Les inégalités d’accès en eau entre le monde urbain et le monde rural

En ville et dans les grandes métropoles, l’eau n’est pas sujet d’inquiétude car la population en plus grand nombre permet de subvenir les besoins en eau et de ne pas être à sec. Dans les milieux ruraux, le décalage avec le monde urbain et les inégalités liées à l’accès aux ressources se ressent. Alors que certains villages sont touchés par une sécheresse interminable, plusieurs villages sont alimentés par bouteilles et par citerne, en témoigne la situation des communes dans les Pyrénées-Orientales. Les conditions sont tellement extrêmes que l’armée en vient à partager son eau avec la population locale dans le Var.
Comment est-ce qu’un pays aussi riche que la France laisse sa propre population mourir de soif ?
Alors que les enjeux liés à l’accès à l’eau pour la population et en particulier la jeunesse devient une question cruciale de la crise environnementale, la situation atteint un niveau supérieur avec l’agriculture.

II. L’accès à l’eau pour les agriculteurs, vers une aliénation de masse ?

Les agriculteurs, laissés pour compte par une concurrence déloyale permise par les accords de libre-échange, ne voient pas d’autres choix que de remettre en cause les normes environnementales au profit d’une agriculture intensive et industrielle.
Le cas des mégabassines en France divisent les agriculteurs sur le sujet de l’accès à l’eau. Des conflits entre les grands syndicats agricoles partisans d’une agriculture exploitants agricoles comme la FNSEA, la FDSEA et la coordination rurale avec des syndicats prônant une agriculture en phase avec une transition écologique de rupture comme la Confédération paysanne cristallisent les débats.
Les scientifiques sont unanimes sur le sujet : les mégabassines sont une aberration écologique, mais aussi financière.
Seulement 5% des agriculteurs en bénéficient, 70% d’argent public sont dépensés et vont directement à l’agro-industrie comme les monocultures de maïs qui sont très gourmandes en eau ou encore l’alimentation des animaux d’élevage industriel. Il s’agit d’une solution technique mise en place par le Ministère de l’Agriculture pour accroître la fragilité de la biodiversité et qui ne règle en rien l’accès à l’eau à long-terme.
La taille des mégabassines varie entre elles, elles : une mégabassine s’étend en moyenne sur huit hectares (l’équivalent d’une dizaine de terrains de foot) mais les plus grandes s’étalent sur dix-huit hectares. Ces mégabassines qui doivent être remplies en hiver permettraient aux agriculteu.rice.s de continuer à irriguer en période estivale.
L’argument du gouvernement est de pouvoir récupérer de l’eau dans des nappes phréatiques qui débordent. Sauf que les irrigants prélèvent de l’eau dans les rivières.
Alors que la sécheresse qui va s’accentuer dans les décennies à venir prive les travailleurs de la terre de vivre, les paysans et petits exploitants se retrouvent dans une impasse.
Les mouvements écologistes rentrent en résistance, sont de plus en plus déterminés et vont davantage mener des actions de sabotage. L’objectif est pour eux de démanteler des infrastructures écocidaires avec le soutien de familles et de paysans. Ces actions, biens que contestées, sont légitimes pour que les militant.e.s réfractaires au projet se fassent entendre et pour mener le combat écologique.
Au lieu d’écouter les militants, l’État les réprime de la manière la plus cruelle en dénonçant un « terrorisme intellectuel » et un « écoterrorisme ». Ces termes qui n’ont aucun sens alimentent la rhétorique de l’extrême-droite, favorisent la proximité entre le Gouvernement et les organisations politiques fascistes et creuse le fossé entre les intérêts du peuple et les intérêts parasites des milliardaires.
Pour se défendre de toute répression à l’égard des mouvements écolos, le ministère de l’Intérieur n’hésite pas à mentir en contrecarrant le travail de terrain des journalistes et en salissant la réputation et le combat des victimes, de leur famille et de leurs proches.

III. L’accès à l’eau dans les territoires ultramarins

Si les inégalités d’accès entre le monde urbain et le monde rural sont difficiles, l’utilisation entre la France métropolitaine et la population des territoires d’Outre-mer l’est davantage.
Depuis 2016, le département de Mayotte connaît des épisodes de sècheresse et est régulièrement victime de coupures d’eau. Le quotidien des habitants est bousculé et ils doivent s’adapter à de longues pénuries. L’augmentation de la consommation de l’eau qui est liée à une forte croissance démographique amplifie les pénuries d’eau. Des fonds européens (FEDER et FSE) sont pourtant consacrés à la crise que traverse le territoire. Cependant, seul un faible pourcentage est investi pour le réseau dont 48% du FEDER est dépensé par la préfecture et 1,7% du budget total est utilisé.
La crise de l’eau, subie de plein fouet dans le département de Mayotte amplifie les crises sociales et nourrit les intentions de vote en faveur de l’extrême-droite.
Nous retrouvons la même situation en Guadeloupe où le manque d’entretien et l’inaction de l’État sinistrent la distribution de l’eau de manière durable. L’accès à l’eau et l’assainissement sont difficiles du fait de la qualité des canalisations du réseau qui provoque, selon les données de l’Office de l’eau, un gaspillage de 61% de la production d’eau potable. La crise de l’eau dans les territoires d’outre-mer est la cause de nombreux problèmes tels que l’insécurité, l’inflation et augmente drastiquement le seuil de pauvreté. La jeunesse d’outre-mer qui a le plus grand besoin en eau, voient leur quotidien basculer et pour certains, tombent dans la délinquance comme à Mayotte.
Au lieu d’investir plus d’un milliard d’euros d’argent public pour nettoyer la Seine, l’État a les moyens d’agir et doit impérativement mettre tous ses moyens pour répondre à la crise de l’eau touchant les territoires d’outre-mer.

En conclusion :

L’eau est l’un des plus grands défis commun de l’humanité.
La crise de l’eau n’est pas seulement une crise environnementale, c’est une urgence sociale !
Garantir le droit d’accès à l’eau et à l’assainissement par une gestion publique est une priorité.
Nous demandons : la mise en place de la règle bleue pour les grandes entreprises et l’agro-industrie : arrêter de prendre davantage aux nappes phréatiques ce qu’elles ne peuvent reconstituer.
La fin du projet des mégabassines.
Un investissement de masse pour garantir un accès durable à l’eau dans les territoires d’outre-mer.

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